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SOMMAIRE

Éditorial
Vive l’Armée
Météo électorale
Des nouvelles des trous-du-cul
Poème russe
Abonnement au Petit Corbinou
Tout pour Être Heureux
Télé Direct 8
Rimes riches
Avant le départ
Paris Moscou
Moscou Irkoutsk
Poème
Rendez-vous
La chanson inédite (Elle s’en va)
Épilogue

 


Éditorial

Mon camarade Jacky vient de publier un livre de souvenirs aux Éditions Flammarion. Il a eu l’amabilité de me l’offrir et de me le dédicacer. Du coup je l’ai lu. J’y ai appris une multitude de choses incroyables telles que, je cite, page 26 : « J’étais circoncis et je le suis toujours ». Alors voilà, je voulais dire que je croyais connaître Jacky Jakubowicz avec lequel j’ai fait l’andouille une quinzaine d’années eh bien, je vais sans doute vous surprendre, mais j’ignorais qu’il avait été mutilé enfant ! J’avais déjà du respect pour lui, mais à présent c’est de l’admiration. Pardonne-moi Jacky de t’avoir pris un peu par-dessus la jambe parfois, je ne savais pas qu’on avait touché à ton intégrité physique et si je l’avais su je t’aurais offert une kipa neuve lorsque nous sommes allés au Mur des Lamentations. Son bouquin est tout à fait rigolo et je vous invite à vous le procurer : Jacky Jakubowicz, Docteur Jacky et Mister Rock. Éditions Flammarion 19,90 €.

Sur ces bonnes paroles, je vous invite à vous plonger dans le Petit Corbinou qui vous dira tout sur mon voyage en Russie pour l’Alliance Française d’Irkoutsk où j’ai chanté le 18 mai dernier dans un théâtre de 400 places que j’ai eu le bonheur de remplir, bien que je sois parfaitement inconnu là-bas… Première partie aujourd’hui, la suite le mois prochain. Elle n’est pas belle la vie ?



Vive l’Armée !

Tandis que sur les plages de Normandie on fait encore exploser des obus enterrés, et qu’il reste du boulot pour cent ans au moins avant que tout soit nettoyé, je veux pousser un grand cri auquel je l’espère vous aurez l’amabilité de vous joindre : Ahhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Pourquoi ce cri ? Parce que les munitions qui ont été enterrées, plongées dans l’eau de mer, brûlées par l’eau, le sel, fonctionnent toujours, 65 ans après avoir été enfouies ! Je pousse ce cri pour qu’enfin l’armée se décide à nous fabriquer des frigos, des machines à laver, des gazinières, des pendules, des lampes-torches, qui fonctionnent aussi bien et durent aussi longtemps !

En avant, tous ensemble : Ahhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Ça fait du bien, non ?

Élections

Monsieur Sarkozy pour lequel j’ai la plus vive admiration et le plus grand respect a été élu officiellement Président de la République Française le 16 mai dernier. Or, depuis cette date il pleut !
Serait-ce un signe du ciel ?
Une récrimination du Seigneur ?

On nous gave depuis quelque temps avec l’information suivante : « Il fera cet été une chaleur caniculaire qui devrait dépasser tout ce que notre cher et vieux pays a connu. » Doit-on en imputer la responsabilité au gouvernement ?
Si c’est le cas ne pourrait-on recommencer les élections en supprimant par injection létale tout ce qui détériore le temps ? Ministres, députés, sénateurs…

Merci de me tenir au courant.



Des nouvelles des trous-du-cul.


Suite au lamentable foin médiatique qui a suivi mes propos dans le petit Corbinou du 15 avril dernier, à propos de ma présence dans Le Maillon Faible et de mon refus de participer à une émission en compagnie d’une ancienne comédienne des sitcoms d’AB, j’ai décidé aujourd’hui d’avouer et de dire réellement ce qui s’est passé. Je le fais pour que cessent les conneries, et les trouducuteries sans fondement (ce qui est rare…) qui ont suivi mes propos, lamentablement déformés, par une presse avide de sensationnalisme et prompte à se complaire dans la fange.
Dans quelques instants vous saurez tout mais j’entends que celles et ceux qui viennent ordinairement piocher dans le Petit Corbinou aient l’amabilité de citer leurs sources et qu’ils donnent l’information dans sa totalité sans la déformer, sans y ôter ni ajouter quoi que ce soit.
La vérité se passe de commentaire : la voici.

Arrivé sur le plateau j’ai convoqué dans la loge (que j’avais souhaitée par contrat tendue de velours bleu et or aux couleurs de la vierge Marie), le chef de plateau afin qu’il fît venir M. Morandini. Prévenue, la direction de TF1, tremblante, se mit en devoir de satisfaire ma juste exigence et s’empressa de convoquer le journaliste en question qui ne se fit pas attendre. Puis j’ai tapé du poing sur la console Louis XV en ronce de noyer qu’un antiquaire du Village Suisse avait aimablement prêtée à la production du jeu pour que ma loge fût meublée avec l’élégance et le goût qui me sont dûs, et j’ai dit que je refuserais de tourner le Maillon Faible si on ne me fournissait pas un tube de vaseline destinée à sodomiser l’animateur de la vie des médias !
Après que la direction de la chaîne eut crié au scandale à l’unisson avec les producteurs du jeu, et comme je persistais dans mon exigence, le début du tournage en fut très retardé et l’on songea même un temps à annuler purement et simplement l’émission.

Puis M. Morandini s’avança et déclara : « Laissez-moi seul avec lui dans sa loge, je vais le raisonner ! »
Quinze minutes plus tard j’ai participé à l’émission que vous avez pu voir.

Toute autre explication, tout autre commentaire, sera considéré comme nul, non avenu, et relevant de l’imagination pure, voire de la médisance et de la désinformation volontaire.

Merci de s’en souvenir.


Poème Russe

J’ai faim il pleut, plus rien n’est sec

On prétend que tous les Tatares
Ont pour ancêtres des Aztèques
Mais que mangeait l’Aztèque Tatare ?

D’après JJ.


Abonnement au Petit Corbinou.

Régulièrement vous m’envoyez un mail destiné à me signaler que vous n’avez pas reçu le Petit Corbinou… que vous ne le recevez plus… Dans ces moments-là votre désespoir est palpable et les tentatives de suicide multiples ! Hier un tzigane goitreux chauve et cul-de-jatte s’est pendu au bout d’un fusil en criant : « Mon Corrrbinu ja l’ai plous ! Adiou ! » Le coup passa si près que la moustache tomba !

J’ai enquêté !
J'ai réussi, au risque de mon existence et après moult whiskies bus avec la femme de ménage de l’Hôtel-Dieu, qui connaît un ami du cousin de la sœur du programmateur des expéditions corbinolesque, j'ai réussi, dis-je, à obtenir la liste des abonnés au Petit Corbinou. Je vous le dis tout net : Si vous ne le recevez pas c’est parce que vous n’êtes pas abonnés !
Mais… dites-vous… je l’ai reçu pendant des mois ! Et maintenant je ne le reçois plus… ?!
C’est normal !
J’explique.

Plusieurs cas de figure s’offrent à vous.
Il se pourrait que votre belle-sœur dans un accès de délire profond et la volonté de vous nuire vous ait désabonné en cachette, une nuit de pleine lune, tandis qu’elle se couvrait de poils et poussait le cri du lupus transylvanien !
Je ne vous en tiendrai pas rigueur, bien évidemment, encore que...
Il se pourrait surtout que vous ayez eu des soucis avec votre ordinateur, ou le téléphone, ou l’aspirateur sans sac ou, plus vraisemblablement, avec votre messagerie et le fournisseur d'accès à une période tournant autour d'un 15 du mois (date de publication du chef-d’œuvre mensuel). À ce moment-là le programme qui envoie le Petit Corbinou vous l'aura proposé et si mon joli magazine n'est pas entré chez vous, le programme un peu plus tard vous l'aura expédié une seconde fois...
Une troisième fois...
La quatrième fois le Pt Cor n'entrant toujours pas chez vous le programme, vexé, aura considéré que vous n'existez pas et... il aura pris sur lui de vous désabonner automatiquement.

Sorry boys... good night, rappelez la belle-sœur, embrassez-la sur la bouche, elle n’y était pour rien.
Le remède ? www.francoiscorbier.com cliquez sur NEWSLETTER et abonnez-vous à nouveau.

N'oubliez pas de confirmer votre adhésion lorsqu'on vous le demandera.
Pas d'autre solution à vous proposer.

Salut les jeunes.
Corbier, détective de première classe.


Tout Pour Être Heureux

L’album Tout Pour Être Heureux est épuisé !
Quasi.
Il n’en reste qu’une centaine d’exemplaires.
Deux mille avaient été tirés. Deux cent cinquante ont été offerts à la presse. Tout le reste a été vendu soit en boutique, soit sur le site, soit à l’issue des concerts. Merci à celles et ceux qui nous ont permis de le réaliser en participant à l’aventure du CéDéthon.
Vous pouvez néanmoins le commander encore sur le site avec votre Carte Bleue, et l’offrir en cadeau pour les vacances, les anniversaires, les fêtes, et vous en servir pour récompenser vos amis qui viennent d’être reçus au bac, ou pour les consoler, mais dépêchez-vous parce que ça part vite !

Que les fans se rassurent : j’en ferai un autre !


Télé Direct 8

J’ai eu le plaisir d’être invité jeudi 24 mai à l’émission de M. Morandini sur Télé Direct 8. (Diffusion le lendemain). Ça s’est bien passé. J’avais été convoqué pour 19 heures 30 en compagnie de mon camarade Jacky du défunt Club Dorothée. Nous avons été bien reçus. Il y avait du vin rouge et du jambon de pays. La maquilleuse était charmante, les assistants épatants. Nous devions faire 20 minutes, nous n’en avons fait que 10, l’actualité primant. Une personne m’ayant dit avoir vu l’émission (il se pourrait qu’il y en ait d’autres, mais c’est la seule qui ait osé l’avouer…) je lui ai demandé de me faire un compte rendu de notre passage.

Le voici.

Bien le bonjour,

Je suis ravie que vous me demandiez mon avis parce que j'avais hésité à le mettre dans le mail précédent.
Comme il m’est naturel être franche, autant le dire, ce ne sera pas du bien pour M. Morandini...
En règle générale (j’écoute aussi son émission de radio sur Europe1) et dans le cas de votre intervention en particulier je lui reprocherai, comme d’habitude, de ne pas vous avoir laissé vous exprimer et de n’avoir jamais su décoller du cliché.
Je m'explique. Pendant cette émission du 25 mai, il vous a posé des questions orientées, et on pouvait deviner qu’il voulait vous faire dire quelque chose, mais on n’a jamais su quoi… Il aurait été sympa qu’il vous laisse répondre un peu mieux que par une ou deux phrases, ce qui nous aurait permis de mieux vous appréhender. Je présume qu’il aura prétexté que l’émission avait pris du retard…
Plus précisément ça a donné : « Corbier et Jacky sont là, on va leur faire parler du Club Dorothée ». Et ce qui est dommage c'est qu’il soit resté dans ce cliché sans aller plus loin. Si c'était pour vous faire dire : «Ah oui, le Club Dorothée c'était bien… » il n'avait pas besoin de votre présence ni de celle de Jacky sur le plateau.
J'aurais aimé justement qu'il vous laisse mieux expliquer ce que vous faites de votre existence, ce qu'est un chansonnier et ce qu'est une chanson pour adulte même si c'est quand même restreint, ça aurait justifié votre déplacement.
Ensuite pour ce qui est des intervenants (les jeunes autour qui donnent leur avis) je pense qu'ils sont de ma génération, qu’ils ont grandi avec le Club Do et qu'ils voulaient vous dire toute leur émotion et leur respect à votre égard à ce sujet, et je pense aussi que comme moi ils auraient aimé en savoir plus sur qui vous êtes et ce qu'est votre vie. Ne pas s'en tenir au seul "le Club Do c'était bien ". Mais M. Morandini qui a tendance, comme je le disais, à rester dans le cliché (peut-être pour contenter le « grand public », je ne sais pas) a fait en sorte que l'interview ne dépasse pas cet aspect de la conversation.

Toujours est-il que vous n'avez pas fait mauvaise impression. Ce genre d'émission est très codé et on voyait bien que vous ne faites pas partie de ce système (c'est un compliment de ma part), Jacky, lui, avait l'air plus habitué à être invité pour être questionné non pas sur les choses dont il était venu parler mais sur ce que l'animateur veut lui faire dire.

Moi qui vous avais vu récemment sur AB1 dans des rediffusions de "Pas de Pitié Pour Les Croissants" je ne vous ai pas trouvé changé et même sincèrement à peine vieilli. L'originalité fait toujours figure d'extra-terrestre à la télé surtout dans les émissions grand public (ici : la télé expliquée à "tout le monde»), mais votre différence fait partie de ce qu'on aime et respecte chez vous.

Donc, objectivement, ça c'est bien passé et vous avez fait bonne impression, par contre, pour ma part, je suis déçue qu'il ne vous ai pas laissé plus parler de votre actualité mais j'étais quand même heureuse de vous voir à la télé.

J'ai essayé de faire court, j'espère que je vous ai bien répondu sachant qu'il ne s'agit bien sûr que de mon avis et merci de m'avoir donné l'occasion de le donner :-)

J'espère que vous avez passé un bon week-end.
À bientôt.
Jeliza


Rimes riches

Comme disait l’oncle Scipion
Qui était un vrai champion
C’est rarement sous les lampions
Qu’on ramasse des morilles.



Russie avant le départ.

Voilà, je suis assis devant mon ordi. J’ai les yeux rivés sur l’écran et je sais que demain mon existence pourrait bien basculer dans le sordide et le drame. J’explique.

Demain j’irais à l’Ambassade de Russie chercher mon visa, puis récupérer mon billet d’avion et à partir de ce moment-là, je ne vous appartiendrai plus car un avion m’emportera pour un voyage de quatre heures vers Moscou !
Je n’y resterai pas plus longtemps qu’il n’en faut pour passer d’un aéroport à l’autre, puis sept longues autres heures d’avion me transporteront jusqu’à Irkoutsk d’où il se pourrait que je ne revienne jamais…
Là-bas, c’est la Sibérie, les Tatares ! Michel Strogoff…
Les mines de sel! La fin de la terre chrétienne !

Il se pourrait qu’en fait de m’inviter à chanter les petites chansons que je peaufine dans mon atelier avec amour et patience pour vous plaire, on ne m’ait attiré là-bas que pour m’enfermer jusqu’à ce que mort s’en suive et que le tsar n’y soit pas pour rien ! Alors, tandis que sonnent à la pendule de ma montre-bracelet les dix-neuf coups de 7 heures, je me dis qu’il est temps que je vous fasse mes adieux : je pars !


Paris, Moscou

Roissy est bourré comme un œuf. Moi ça va je n’ai rien bu. Je fais la queue derrière une centaine de personnes. Quand j’arrive enfin au comptoir la demoiselle de l’embarquement me dit : « Vous ne pouvez pas savoir ce que ça me fait plaisir de m’occuper de vous » Comme elle est bien mignonne je me dis en aparté que moi aussi j’aimerais bien m’occuper d’elle, mais ma femme n’a pas l’air de partager mon enthousiasme et je me contente de lui dire merci en enfilant, faute de mieux, ma valise sur le tapis roulant. Je risque un : « Je peux conserver ma guitare dans l’appareil ?», mais la belle en uniforme me rétorque en me regardant bien droit dans les yeux : « elle est trop grosse M. Corbier, elle n’entrera pas. » Pour le uku pas de problème, je peux le garder avec moi.

Vous voyez bien les gars, qu’en avoir une grosse ce n’est pas toujours un bon plan !
Le temps d’acheter Charlie Hebdo à la librairie de la free shop il est l’heure d’embarquer. C’est un A 320 si j’en crois ce qui est marqué sur le mode d’emploi, et bien sûr il n’y a pas de place pour mes genoux. Quatre heures de vol les chevilles sous le pif… c’est un peu pénible. Par chance j’ai des chaussettes propres. Franchement je ne sais pas combien ça leur ferait perdre de sièges de donner cinq centimètres de plus à chaque passager, mais c’est dur. Surtout à l’heure du déjeuner… L’assiette de bortsch est à moitié en équilibre sur la tablette, à moitié sur mes genoux. Je crains à tout instant qu’elle ne se répande sur mon estomac… En fait comme il n’y a pas de trous d’air, je parviens à tout avaler sans me saloper ni faire de tache sur la jolie moquette. La vie est belle. À côté de moi j’ai repéré un groupe de musiciens en vadrouille. On sympathise vite. « Vous faites quel genre » que j’dis. « On fait dans le rock énervé » qu’ils me répondent. Ils ont des bonnes tronches.
Ils partent pour six jours de tournée autour de Moscou. J’ai noté leur nom… impossible de me souvenir sur quoi… L’avion se pose. Les passagers battent des mains comme des enfants auxquels on vient d’annoncer qu’ils sont arrivés à Disneyland, et on débarque. Là, autant le dire j’ai un peu la pétoche parce que mon russe est rudimentaire… j’arrive à dire da sans accent et niet aussi mais au-delà c’est la pataugeoire… J’ai la pétoche parce que je ne sais pas trop ce qu’il faut faire. Je sais que je dois changer d’avion, on m’a d’ailleurs téléphoné le matin même de l’embarquement pour me prier de faire changer mon billet car il parait que le temps d’escale est très court et que je risque bien de louper ma correspondance. En fait le type du bureau d’Aeroflot, aimable et léger comme un sac de charbon m’a envoyé chier à Roissy ! Du coup je ne sais pas du tout ce qu’il va m’arriver. Si je loupe la correspondance qu’est-ce que je deviens ? Je suis les passagers qui se dirigent vers la sortie.

Brusquement une annonce en anglais retentit. J’ânonne trois mots piqués un jour de disette à mon camarade Shakespeare, mais c’est suffisant. J’ai compris que je dois me diriger vers le « transit desk » qui n’a rien de commun avec l’intestinal. J’y vais. Je tends mon billet. La préposée rondouillarde me sourit. Elle a dû piger que je fais partie de cette engeance qui ne comprend rien, qui ne parle rien, et elle a pris la bonne décision : elle ne me demande rien. En revanche, elle s’applique. Mon joli passeport, elle le tourne le retourne le reluque le mate l’investigue porte les pages une à une à hauteur de la lampe qui lui assure un minimum de confort visuel et plantant quarante trois fois son regard sur mon doux visage purpurin (et pas pur purin !) elle me compare à la photo de la pièce d’état-civil que l’État Français m’a généreusement octroyée en échange de pépettes et se décide enfin à baptiser au tampon encreur mon passeport, scellant par ce mouvement mon entrée officielle en Russie.
Puis, le geste large, elle m’indique la marche à suivre et je comprends qu’au bout du couloir un escalier me conduira au sous-sol. Comme je ne suis pas un type bien compliqué : Je le fais. Et j’attends. Une demi-heure… Une heure… Il n’y a pas d’air dans cette pièce. Pour un peu je paniquerais, mais comme je ne suis pas seul, je fais bonne figure. Je m’emmerde, je respire mal, mais je souris, signe de non-agressivité admis par tous les peuples de la planète. Un nid de minuscules Japonais s’est déversé dans la salle d’attente. À pas comptés, à pas menus et mesurés, ils vont chacun leur tour aux chiottes. Il y a plusieurs cabines mais ils ont décidé d’en adopter une et font, si j’ose dire, la queue, devant une seule porte attendant que le collègue en sorte pour s’y engouffrer à son tour en se faisant chaque fois trente-six courbettes. J’en vois qui n’en peuvent plus.
L’envie de pisser est trop forte et leur monte aux joues, mais ils ne quitteraient pour rien au monde cette file d’attente comme si le fait qu’un des leurs y soit passé ait sanctifié l’édicule bannissant à tout jamais les chiottards d’à côté réservés à la plèbe, aux indignes, à l’étranger. Le Japonais ne mélange pas son urine à celle des autres ! Il se pisse dessus mais ne se mélange pas !
Au bout d’une éternité une porte s’ouvre : une hôtesse, qui a suivi des cours à l’Université, nous appelle les uns après les autres pour nous diriger vers la navette qui est censée nous conduire à un autre aéroport. L’idée de l’administration est bonne. On appelle chaque personne. Aucun risque d’erreur dans ces conditions mais… la demoiselle chargée de ce boulot a depuis belle lurette pigé qu’elle n’arriverait jamais à lire les noms des passagers vu qu’ils ne sont pas rédigés en cyrilliques… Alors elle use, la maligne, d’un subterfuge. Au lieux de dire à voix haute et intelligible : « Corbier » ou « Sangsoong » elle appelle les passagers en fonction du nom de l’escale précédente : « Paris ! » quelle prononce d’ailleurs « PaRijé » en roulant le R, et l’idée ne serait pas plus sotte qu’une autre si tous les passagers en provenance de Paris comprenaient que le « PaRijé » leur est destiné, mais… quand on est Japonais… quand on vient de Paris et qu’on entend PaRijé qu’on prononce a Kyoto : Péoui…
Il n’est pas dit qu’on va se précipiter pour monter de le car de l’hôtesse monolingue… Bref, personne ne comprenant rien tout le monde éclate de rire, l’hôtesse aussi, et tout le monde sort joyeusement de la pièce en montrant son passeport à la demoiselle qui hoche du bonnet à chaque passager, ce qui oblige nos amis Japonais à se fendre d’une courbette supplémentaire qui me fait craindre qu’ils ne se remettent à pisser dans le car, et nous voilà partis !

Un petit quart d’heure de voyage. Le car reste dans l’enceinte de l’aéroport international pour rejoindre une desserte intérieure. Comme il y a des travaux, pendant un quart d’heure je vois des pelleteuses et de la terre retournée. On se croirait sur une terre bombardée. En fait, c’est partout pareil : là où s’installent les foreuses, les excavatrices, les camions, les bétonneuses, les marteaux-piqueurs et autres grues : c’est moche ! Qu’on soit à Paris, Miami, ou Moscou : c’est moche. Et là, c’est moche pendant un quart d’heure. Comme on roule à 60 à l’heure ça fait 15 km de moche ! 15 km sur lesquels la terre a été retournée, empilée, défoncée, creusée, roulée, parquée, et les arbres arrachés. Pour calmer les ardeurs, en plus il fait gris, du vent, et un sale petit crachin breton venu se perdre là… brrr… C’est par où la sortie ?


Moscou, Irkoutsk.

Cette fois l’avion est beaucoup plus petit. Sans doute que ses parents devaient êtres alcooliques et qu’à la naissance on lui aura entouré le corps de bandelettes qui l’auront empêché de grandir. Total on n’a pas le droit de boire d’alcool et les sièges sont tellement rapprochés que cette fois j’ai carrément les pieds dans les narines. Je les ai pendant 6 heures ! Vous avez bien lu : six heures de vol. Pas de film, pas de strip-tease de l’hôtesse, pas de match de foot dans la cabine, pas de piscine ni de chapelle pour prier, bref : six heures, c’est long. Par chance j’ai pensé à prendre un bouquin de Jean Vautrin « À boulets rouges » que je n’avais pas encore lu, bien qu’il date un peu maintenant.
Mais un polar… ça se lit vite… et ensuite qu’est ce qu’on fait ? Par chance on mange… ce n’est d’ailleurs pas mauvais, c’est même bon, mais quelle dinguerie ! Figurez-vous que chaque élément du plateau-repas, pain, plat, fromage, sel, poivre, mayonnaise, dessert, couverts, serviette, tout est entouré de plastique et posé dans une sorte de ravier lui-même en plastique déposé dans une boîte plastique… Quand tout est déballé je ne sais plus où mettre les mains. Tout ce plastique inutile prend une place incroyable. C’est très joli, ça fait des prismes et je peux voir ma barre chocolatée en douze dimensions, mais c’est surtout parfaitement con ! Il me semble que si tous les éléments du repas avait été mis en vrac dans une seule boîte personne ne se serait senti malheureux, mais ça n’a pas été l’avis des concepteurs du plateau-repas, qui ont jugé qu’il était urgent de faire mieux et se sont ingéniés à oublier que le mieux est l’ennemi du bien. La quantité de déchets par passager est conséquente !
Tiens, je suis persuadé que si on s’amusait à faire le calcul du poids de plastique utilisé chaque jour sur chaque vol intérieur, on ne serait qu’à moitié surpris de découvrir qu’un pipeline travaille pour Aéroflot à cent pour cent toute l’année ! Vive les déchets !

Quand l’avion se pose il est 5 heures et demie heure locale. Je récupère ma guitare, ma valise, j’ai mon uku sous le bras. Le soleil est tout rouge. Les oiseaux chantent. Il fait doux. Fabrice, le responsable de l’Alliance Française est là. Nous faisons rapidement connaissance. Il est jeune, drôle, loquace. Je sens que nous allons bien nous entendre. Il m’apprend que lorsqu’il était enfant il habitait à cent mètres de chez moi du côté de Villemomble dans le 93. Le taxi démarre. La ville dort encore et moi je commence à piquer du nez. Nous passons devant la statue de Lénine. Je suis en Sibérie à dix heures d’avion de chez moi et j’ai droit à cent vingt minutes de sommeil avant la conférence de presse.

À suivre.


Poème

Tout le monde est enthousiaste
Au grand pays des soviets
On a supprimé les castes
Où l’on disait toujours niet
À bas les castes à niet !
À bas les castes à niet ! (1)

(1) Oui, je sais : c’est très beau !

Rendez-Vous
JUIN
Romilly-sur-Andelle 27610
Téléphone de la Mairie : 05 55 25 61 51
MJC A.L.E.R - Téléphone : 02 32 48 04 09
Mail : johannsolon.mjcaler@wanadoo.fr
Samedi 16
JUILLET - AOÛT
Vacances
SEPTEMBRE
PONTARLIER 25300
Le château de la Cluse et Nijoux
06 83 25 75 13
Samedi 1er

METZ 57000
Le Strapontin
Mardi 4 et mercredi 5

GHISLENGHIEN (Ath) Belgique
Samedi 8
OCTOBRE
LYON
À Thou Bout d'Chant
2 rue de Thou - 69001 Lyon
Rés. 04 72 98 28 22 -thouboutdchant@wanadoo.fr
www.athouboutdchant.com
Jeudi 4, vendredi 5 et samedi 6


LYON
« Pour la Tolérance »
Contact M. Samy Akrour
Renseignements : 0650 72 85 66
Vendredi 12


La chanson inédite.

(En fait cette chanson n’est pas inédite… elle est la face B du 45t deux titres « Laissez les mamies faire ». Comme il se trouve que j’ai reçu ces derniers jours quelques mails de personnes qui ont tenu à me féliciter pour cette chanson, je me suis dit que je pouvais sans doute la sortir à nouveau de mes cartons pour vous en faire profiter. La voici :

Elle s’en va

Les talons la robe légère
Les cheveux roux en crinière
Et le sac en bandoulière
Elle s’en va, elle s’en va

Il était temps de le faire
C’était devenu l’enfer
Sans boussole et sans repère
Elle s’en va, elle s’en va

Refrain
Elle sa vie elle la voulait
Bonbon chocolat au lait
Et c’est quoi dix ans après
Elle s’en va, elle s’en va

Elle passe la porte cochère
La voilà dans la lumière
Taxi ! Les freins, la portière
Elle s’en va, elle s’en va

Le regard droit elle est fière
Pas un coup d’œil en arrière
Lui comme un con dans sa bière
Elle s’en va, elle s’en va

Refrain
Elle sa vie elle la voulait
Etc.

Et elle revoit ses galères
De pire en pire chaque hiver
Les cris les coups les colères
Elle s’en va, elle s’en va

Elle s’en va mais au feu vert
Elle sent qu’à ses paupières
Montent des larmes amères
Elle s’en va, elle s’en va

Refrain
Elle sa vie elle la voulait
Etc.


Épilogue

Ben hop c’est fini. Le mois prochain je vous raconterai la suite de mon voyage en Russie sibérienne, comment un ours a failli me dévorer, comment un pensionnat de jeunes filles a voulu m’épouser, comment un ex-dirigeant communiste m’a raconté sa vie sexuelle avec Béria et je vous offrirai en prime la recette du bortsch
Demain je suis en concert à Romilly-sur-Andelle avec les nouvelles affiches et mes copains musiciens. La vie est belle.

Bises aux filles et une grande claque virile dans le dos des autres !



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