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SOMMAIRE
Éditorial : La France qui se lève tôt
Rendez-vous
Trouvé dans mon courrier
Irkoutsk (suite du précédent numéro)
Dans les rues d’Irkoutsk
Le concert - Première partie
Seconde partie
Le Lac Baïkal
Une chanson inédite – Bahamas
Épilogue
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Éditorial : La France qui se lève tôt !
J’ai mis mon réveil à six heures ce matin et j’ai bien fait. Le président nous l’a expliqué : si on veut gagner plus, il faut se lever tôt ! Je me suis donc dit : « Mon petit Corbinou, le président t’a envoyé un message clair. Si tu te lèves tôt, tu seras plus vite au bistrot et tu pourras de ce fait choisir avant tout le monde le jeu à gratter qui fera de toi un millionnaire ! » Il a toujours raison le président. C’est d’ailleurs pour ça qu’on l’a élu. Donc je me suis levé tôt et, cinq minutes plus tard, alors que j’étais couvert de savon, le téléphone a sonné.
D’habitude, quand je suis encore au lit, je ne l’entends jamais le téléphone et je m’en contrebalance, mais là… comme j’étais debout et sous la douche, je l’ai bien entendu sonner, et je me suis précipité hors de l’eau. Sans doute ne le savez-vous pas, mais lorsqu’on a les pieds mouillés et couverts de gel de douche, le carrelage est nettement plus fourbe qu’à l’ordinaire. Ça n’a pas manqué. Je me suis rétamé la tronche contre la console qui supporte le téléphone ! Ah putain la douleur ! Mon nez s’est mis à pisser, mais j’ai eu le temps de décrocher : « Monsier Gorrbier ? » la voix est lointaine derrière un accent à couper au couteau. « Boui » que j’dis. « Bonjourr Monzier Gorrbier, je suis Roselyne Boulard de la Sté Fénétrés Nouvellés et jé ouné question à vous poser. Jé pé vous poser ouné question Monsier Gorrbier ? » « Ben boui », que j’dis « bais baites bite, be duis en drain de dacher la boquette abec du tang et du tavon ! »
« Oui Monzier Gorrbier, jé vé faire vite. » qu’elle dit sans accélérer le train. « Il y a combien dé temps qué vous avez pas changé lé fénétrés ? » Qu’est ce que ça peut bien lui foutre à la Roselyne ? Je suis en train de me vider comme un porc, mais pas un mot de compassion ! Bravo la solidarité ! « Bécasse ! » Je hurle ! Je raccroche sèchement ! Merde le téléphone se sépare en deux bouts sous la violence du choc. Cassé le bigo. Je raccorde les deux bouts pour voir… Ben non. Y marche plus ! Le sang me coule du pif à toute vibure. J’en fous partout. Comme c’est sur la moquette crème ça ne va pas l’faire… Connerie. Je me mate dans le miroir… Pas joli le gars. J’ai le nez complètement éclaté, le front et les joues rouges… Une horreur ! Dans l’armoire à pharmacie le paquet de coton est vide alors je me remplis le pif avec le sac en plastique. J’ai carrément l’air d’un martien ! C’est très moche ! Je m’en fiche je n’ai personne à qui plaire.
Au bistrot je vois les têtes qui se tournent quand j’entre et j’entends les rires s’étouffer sur mon passage. Me voilà à la caisse. « Tout va bien m’sieur Corbier ? » qu’il dit Marcel. Le patron. Ben un peu oui qu’tout va bien ! Avec le pif en morceaux la moquette foutue et le téléphone cassé, il ne manquerait plus qu’il y ait un truc qui n’aille pas ! « Un Billiondaire ! Et un dhé cidron » que j’dis.
Je me glisse sur ma banquette habituelle.
J’ai mon ticket de Millionnaire dans la main. Je tire une piécette de ma poche pour gratter les parties cachées… Putain j’le crois pas !!! Trois télés ! Promis juré j’invente rien. Trois télés ! Je vais me retrouver dans le poste à faire tourner la roue ! Un truc de oufs !!! Je suis tellement content que je me lève d’un coup sec avec le ticket à la main en criant : « Marcel j’ai… » mais j’ai pas le temps de terminer ma phrase que la théière que m’apporte la serveuse m’explose sur la main. Je lâche le ticket gagnant et je hurle avec mon sac en plastique dans le pif : « Aïouillaïe ! Berde ! La bache ! » La douleur est atroce, je tombe à moitié dans les pommes. Je suis brûlé et pas qu’un peu. J’ai mal de chez mal, je pleure, je ne vois plus rien. Le pharmacien prévenu rapplique avec une pommade. Il me fait allonger sur la banquette. Il regarde ma main. « Faut appeler les urgences… il est trop brûlé pour moi ».
En entendant ça je tourne de l’œil. J’ai entendu dans une sorte de demi-conscience l’ambulance arriver. J’ai tenté de dire « bon dicket de billiondaire » et je suis retombé dans les limbes…
En fait ce n’était pas si grave que ça, mais il y avait eu l’accumulation de conneries. Peu de sommeil pour faire plaisir à Sarko, le téléphone brisé, le pif en lambeaux, la moquette fichue, le ticket gagnant et la brûlure… Tout ça m’avait mis dans une sorte d’état de choc et je m’étais évanoui, mais rien de bien grave. À l’hosto on m’a bandé la main et l’infirmier rigolard m’a dit en partant : « M’sieur Corbier, serrez donc la main de Dorothée pour moi hein ! »…
J’ai fouillé dans mes poches. J’ai pas retrouvé le ticket gagnant ! Au bistrot tout le monde a été content de me revoir mais personne n’avait vu mon ticket de Millionnaire…
C’était il y a trois semaines cette histoire !
Hier le patron du rade, qui me donnait l’impression de me regarder d’un œil bizarre depuis cette aventure, m’a dit : « M’sieur Corbier j’ai changé de bagnole ! J’vous offre l’apéro ? » Et avec un drôle d'air il a ajouté : « J’vous dois bien ça !... ». Sa serveuse m’a dit qu’il était passé à TF1… 100.000 euros qu’il s’est ramassé le salaud !...
J’emmerde la France qui se lève tôt !
Bonne lecture
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Rendez-vous
AOÛT
Le 15
Festival DecOuvrir à Concèze
Au Foyer Rural de Concèze (Corrèze)
Renseignements poesiechanson@yahoo.fr
Festival qui croise chansons et poésie, univers et styles dans un esprit de découverte et d’ouverture.
Avec Marie Cherrier, Pierre Barouh, Matthias Vincenot
François Deguelt, Serge Utgé Royo, Francis Lalanne, Corbier
Et quantité d’autres chanteurs et poètes !
SEPTEMBRE
le 1er
Festival « Ça s’joux au château »
Château de LA CLUSE ET NIJOUX (Doubs) –
Renseignements 03 81 50 00 10
ou www.cinq-sens.fr
le 2
Lille (Nord)
Mécanisme Dubitatif
115, rue Meurein, 5900 Lille
Renseignements : 03 20 15 17 01 ou lemeca@yahoo.fr
Les 4 et 5
Metz (Moselle)
Le Strapontin.
15 Place de Chambre.
Renseignements, réservation : 06 63 24 91 96
OCTOBRE
le 12
Lyon (Rhône)
Soirée Caritative de lutte contre le Sida
Salle Victor Hugo, 33 Rue Bossuet, Lyon 6ème.
NOVEMBRE
les 8, 9 et 10
Lyon (Rhône)
Le Thou Bout de Chant.
Rue de Thou - Lyon 1er
Réservations et renseignements : 04 72 98 28 22
DÉCEMBRE
le 8
Civray (Près de Poitiers)
Soirée AFRAKADABRA
La salle de spectacle
12 place De Gaulle 86400 Civray
Renseignements ludivine.vales@jerkov.net
Tél : 05 61 63 82 01
le 20
Dunkerque (Nord)
Salle les 4 écluses
1 rue la Cunette 59140 Dunkerque
Renseignements : 03 28 63 82 40
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Trouvé dans mon courrier
François qui sortait d'un concert
À Jouy-le-Châtel, un peu amer
Se sentit soudain beaucoup mieux
Quand une demoiselle des lieux
Lui lança, pleine de facétie :
"Alors Corbier, t'habites à Jouy ?" (1)
(1) Merci à Alexis pour la qualité de ses vers… et pour la photo jointe.
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Irkoutsk (1)
(1) Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi le début de mes pérégrinations en Russie, je les invite à se reporter au numéro précédent.
J’arrive à l’hôtel. C’est un bloc immense, on se croirait dans un hôtel américain ! Je suis au 7ème étage. Le personnel n’est pas ce qu’on peut appeler « guilleret », mais bon, ces gens s’emmerdent et ce n’est pas parce qu’il y a un chanteur frenchy avec un chapeau de cow-boy sur la tronche que leur salaire va faire un bond, alors ils font leur boulot et voilà tout. Dans le hall il y a plein d’ascenseurs. Un bar. Une salle de jeu. C’est super ! Si je gagne au loto un jour je reviendrai claquer mon fric à Irkoustk au black jack ! C’est d’ailleurs ce que font des Chinois bruyants et manifestement alcoolisés qui passent à côté de moi en se grattant les couilles et en rotant ! Comme dans une chanson de Jacques Brel…
La chambre est petite, mais confortable. Comme l’hôtel n’est pas très cher, je me dis qu’ils ont encore beaucoup de progrès à faire à Londres pour devenir concurrentiels et je m’endors comme une masse sur cette pensée notoirement intéressante.
Lorsque je me réveille, je ne sais plus où j’habite. J’ai les yeux en trous de pipe, le poil en bataille, la voix dans les chaussettes et je crève de chaleur ! Vous avez bien lu : Je suis en Sibérie et je crève de chaleur ! Le radiateur est éteint. J’ouvre le rideau : Le soleil couvre sévèrement la ville ! Je me prends une douche et je fonce dans le hall de l’hôtel où je suis attendu. On me guide jusqu’à l’Alliance Française. En entrant dans l’immeuble je vois le bureau du Parti Communiste. Comme la porte est entrouverte je peux mater un buste en plâtre de Lénine. Il a l’air normal avec la barbichette. Il n’a pas la casquette molle que Dali lui a prêtée. J’aimerais bien entrer là en souvenir de mon grand-père qui n’était pas Russe mais franchement communiste, mais les camarades réunis autour du buste du guide n’ont pas l’air rigolos… On me confirme d’ailleurs qu’ils ne sont pas du tout rigolos… Bon. La salle de conférence de presse est au second étage. J’arrive. On m’y attend.
Deux journalistes, un homme, une femme, une caméra. J’ai bien évidemment un interprète. Tout ce petit monde, qui n’a bien sûr jamais entendu parler de moi, doit se dire en aparté : « Ben dis donc, le chanteur français, il a dû faire ses débuts sous la Grande Catherine ! », mais chacun m’offre le sourire qu’il réserve d’ordinaire à un simple d’esprit pour lui montrer qu’on l’aime bien malgré ses différences, et les questions fusent plus ou moins rapidement mais dans la bonne humeur et je m’efforce de répondre à toutes même lorsqu’elles me semblent un peu curieuses… Voilà que la journaliste, va savoir pourquoi, me demande : « Vos chansons, elles durent combien de temps ? » Là je me dis : « C’est pas possible, il y a une fuite… » et je réponds : « Ben ça dépend, mais la plus longue fait huit minutes et la plus courte dix secondes, voire moins, mais dans l’ensemble chacune de mes chansons dure un temps normal de chanson c'est-à-dire trois minutes environ… » .
J’ai bien senti que ça l’a intriguée, mon histoire de chanson de dix secondes, et finement elle me dit : « Mais dix secondes c’est très court »… Ah pour ça c’est sûr que c’est court, que je lui rétorque ! Surtout quand on veut danser dessus parce qu’on s’est mis dans la tête que c’est justement sur ce titre-là qu’on va emballer la minette !... Le temps de se lever pour inviter la gamine qui titille le creux des reins : c’est trop tard ! Le tube de l’été est achevé et la romance tombée à l’eau… Comme je sens que tout le monde aimerait bien se rendre compte malgré la difficulté que ça va représenter pour le « translateur »… je me lance : « Chanson du marin en colère après la mer parce que celle-ci est démontée le jour où il neige autour de son embarcation ». Là je m’arrête et je fais remarquer au traducteur : « C’est le titre »…
Je le vois plisser les yeux et tendre les lèvres vers le plafond, ce qui même chez les tigres du Bengale signifie : « je souris » et il traduit tout y compris ma remarque… Les visages qui quelques instants auparavant étaient quelque peu fermés s’épanouissent… Il est temps de donner l’estocade. Je chante : « Flots-con ! ». Je fais signe avec les mains que la chanson est terminée… Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils se pissent dessus et tombent de leur siège, mais, promis juré, ils éclatent de rire et je comprends à leurs grands sourires béats et leurs beaux yeux brillants que c’est gagné. Ils m’ont trouvé sympathique et suffisamment allumé pour que leurs commentaires, censés m’encenser auprès des camarades téléspectateurs, soient de bon aloi. Sera-ce suffisant pour remplir la salle ?
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Dans les rues d’Irkoutsk.
Il fait un temps magnifique. Ciel bleu et soleil au rendez-vous. Les rues sont très larges. Peu de voitures. Pas de vitrine. C’est d’ailleurs le plus étonnant. Le plus surprenant. Je marche dans les rues sans voir la moindre boutique. Il faut arriver sur le magasin pour réaliser que c’en est un ! Pas d’affiches publicitaires. Ou peu. Très peu. Surtout pas d’enseignes lumineuses. Pas de néons tapageurs. Pas de lumières clignotantes, pas de musiques agressives, pas de minettes à moitié nues pour vanter les mérites d’un pardessus en poil de phoque. Rien ne défigure les murs ! Même les pharmacies ne sont pas signalées par la célèbre croix verte qui les distingue partout. Ici il est impératif de lire le cyrillique pour dégotter le tube d’aspirine salvateur. Pour l’occidental, c’est surprenant !
J’ai ma petite caméra. J’entre dans une épicerie. Tout est parfaitement rangé. Les pommes sont superbes, les carottes aussi. J’entreprends de filmer… Immédiatement le gérant surgit et me fait comprendre qu’il ne faut pas filmer. On m’explique que c’est interdit car, me dit-on, « on se méfie de la concurrence qui pourrait bien copier pour ses propres magasins l’ordonnancement de celui-ci »… Je range ma caméra. Je présente mes excuses. J’achète une bouteille d’eau minérale locale pour justifier ma présence dans les rayons… Je sors. Le soleil est sévère. Il fait très chaud. Il fait aussi très soif !... Kathia, la guide qu’on m’a aimablement allouée, m’assure que nous allons trouver rapidement un café pour boire un verre.
Autant le dire, les terrasses sont l’exception à Irkoutsk. Il est vrai que d’ordinaire il fait plus souvent moins 15 que plus 28 comme aujourd’hui, mais comme j’ai envie de boire un verre la demoiselle avance vite et nous dégotte bientôt le lieu de mes désirs : un bistrot-terrasse ! Et surprise : il est situé dans une rue piétonne… C’est surprenant car je pensais, erreur, que les rues piétonnes étaient l’apanage de nos métropoles sur-motorisées, ben non ! À Irkoutsk, il passe une voiture par-ci par-là toutes trois ou quatre minutes, mais il y a tout de même une rue piétonne. C’est bien.
Après la pause-glouglou il est temps que je reprenne ma balade. Cette fois me voici dans un quartier qui n’a rien à envier au marché aux puces de Saint-Ouen. Des échoppes pleines de godasses de toutes les couleurs, avec talons, sans talons, avec lacets, scratchs, vernies, en plastique, en carton, en cuir. Toutes les formes, toutes les couleurs toutes les tailles aussi. Le paradis du fétichiste. Et voici des chapeaux, des casquettes et des jeans et des ceintures, et des valises et des culottes et des chaussettes, rouges et jaunes à p’tits pois… Tout est à portée d’œil et de main et tout est fait pour m’aider à épancher ma bourse. Nous sommes en Asie, ou à sa porte, mais c’est l’Occident à chaque étal et dans chaque travée. Ici le commerçant racole, et les gondoles débordent. Le marché est bruyant, coloré, les clients jeunes et bavards. Le rire y est de mise contrairement au reste de la ville où chacun marche sans regarder celui qui le croise ou le dépasse.
Il faudrait des heures pour faire le tour de toutes ces boutiques riantes. Je n’ai pas le temps. Nous repartons bientôt. Je n’ai rien acheté. J’ai les mêmes trucs dans mon quartier normand.
Les rues sont bordées de maisons en bois, vieilles et peu entretenues qui s’enfoncent dans le sol. Elles ne sont, pour la plupart, pas habitées, pas chauffées et se dégradent à grande vitesse. C’est bien dommage car elles sont magnifiques. J’aimerais bien entrer dans l’une d’elles. On m’explique que ce n’est pas possible. Il se pourrait qu’elles s’écroulent… Dommage.
À force de me balader, je n’ai pas vu le temps passer, et la nuit est tombée.
Fabrice, de l’Alliance Française, m’a invité à dîner dans un restaurant tatare. Le lieu est plutôt chouette. On y mange essentiellement de la viande. Des saucisses. La déco et soignée les murs couverts de bas-reliefs en bois racontent des faits d’armes de guerriers de légende…
Deux jeunes femmes, outrageusement maquillées, assises à la table derrière la nôtre, tentent d’entrer en conversation avec nous…. C’est pas gagné. Mon russe est rudimentaire, pour ne pas dire inexistant et leur anglais pitoyable. C’est tant mieux car je ne parle pas anglais non plus. Brusquement l’une des deux réalise que nous sommes français et déclare : « Vous Frrance ? J’a parle Frrance ! » Là-dessus elle s’arrête, n’ayant plus rien à dire. Le repas se poursuit dans la bonne humeur. La bière est douce. La viande est délicieuse. Demain je chante.
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Le concert
Première Partie
J’ai eu la matinée libre. Je me suis un peu baladé encore, mais ne sachant trop où aller, je suis resté dans le quartier visité la veille. J’ai déjeuné dans un restaurant chinois où les nems avaient un goût différent de celui des restos chinois de chez nous, mais très bon. À 15 heures on me dirige vers le théâtre. J’ai apporté une guitare et un ukulélé. On m’a promis une sono puissante et des retours de scène conséquents. La promesse a été tenue. Le son, bien que tournant dans cette grande salle vide, est tout à fait convenable et je ne doute pas qu’il ne pourra que s’améliorer si le public est au rendez-vous. Les éclairages en revanche sont un peu légers, mais surtout j’apprends qu’on ne peut pas éteindre la salle qui est en permanence éclairée par un gigantesque lustre qui ne doit pas payer l’électricité tant il a de lampes… Bon, ce n’est pas dramatique. Je m’adapterai. J’ai l’habitude. Il m’est arrivé de chanter à côté d’une porcherie et de faire du tort aux petits cochons qui voulaient s’ exprimer… Je m’adapte à tout.
La soirée se déroule en deux parties. Première partie, je fais jury. Des jeunes gens (essentiellement des filles d’ailleurs) venus de toutes les régions du pays ont été conviés à participer à un concours. Ils doivent chanter en français une chanson française. Le responsable m’apprend que cette année il a été stipulé que les chansons doivent impérativement avoir moins de dix ans… Cet article du règlement a été ajouté depuis qu’à une précédente soirée tous les candidats sélectionnés dans leurs provinces respectives avaient choisi d’interpréter à la finale et au grand dam des organisateurs, « Aux Champs-Élysées » du regretté Jo Dassin trop tôt ôté à l’affection de ses fans !
Tous les candidats chantent remarquablement bien. Il n’est pas aisé de les départager. Plus que de la bonne volonté il y a souvent du talent chez chacun. Les demoiselles sont allées chercher des robes qui leur donnent l’allure de jeunes cousines de province où la mode en serait restée aux années cinquante. Elles sont ravissantes et chantent très bien sur des bandes de karaoké, mais tout ceci est terriblement suranné. Je note, je note, je note… Parfois je ne comprends pas un traître mot à la chanson que le candidat propose, mais il y a tellement de générosité chez chacun d’eux qu’il est bien difficile d’en éliminer. Par chance nous ne sommes que quatre à juger et nous tombons rapidement d’accord à l’issue du concours pour désigner une jeune femme à la voix puissante, pleine d’allant, dotée d’une excellente présence qui nous a régalés d’un titre issu de la comédie musicale Les Misérables.
Elle viendra visiter Paris et sa Tour Eiffel
Elle sera reçue aux Francofolies de la Rochelle ! Mais elle ne rencontrera pas Victor Hugo. Rien n’est parfait !
Entracte.
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Seconde Partie
Autant le dire, je ne suis pas fiérot… J’ai même une franche pétoche. J’ai fait fermer le rideau derrière moi pour donner un peu plus d’intimité à mon spectacle. Mais la scène est immense quand même… J’entre sur scène en me demandant ce qui va se passer. Je suis accueilli par un tonnerre d’applaudissements ! On ne peut pas dire que ces gens soient avares de leurs mains ! La salle est pleine ou quasiment. Ça doit faire dans les 400 personnes. Le lustre brille comme un feu de la St Jean. J’attaque. Je leur fais signe de me rejoindre au refrain comme je le fais partout, et à ma grande surprise, au troisième refrain ils m’emboîtent le pas ! Incroyable ! Ils ont compris le principe de mes chansons. On chante ensemble chaque fois que c’est possible. Un peu comme Béart le faisait ou Bruant avant lui. Et en plus ils chantent bien. Ils s’appliquent.
Bien sûr c’est plus facile pour eux lorsqu’il y a des « lala » mais même lorsqu’ils ne comprennent pas ce que je raconte, et c’est valable pour 80% de la salle, ils font l’effort de chanter et c’est magnifique d’entendre sonner toutes ces voix qui répètent avec un bel accent « Plonte on Jarrrdan sourr dou Papiê Qwadrrrivié.. » Magnifique ! Je n’exagère pas en disant que je les sens heureux de chanter en ma compagnie. Ils se lèvent parfois pour montrer leur enthousiasme. Si j’avais un agent là-bas… je suis certain qu’on pourrait faire de « Belette » un tube ! Là, ils exultent, ils ont les bras en l’air, leurs visages sont rayonnants.
Ils m’aiment, et comme je le leur rends ! Une heure, un peu plus d’une heure, je suis resté devant eux avec mes chansons satiriques. Ceux qui comprenaient étaient rares. On n’avait pas distribué de papiers avec la traduction de mes chansonnettes, et pourtant, en les quittant j’avais l’impression d’avoir fait un spectacle à Paris.
Ils m’avaient suivi de bout en bout et m’ont fait un triomphe à l’issue de cette soirée. Debout. Battant des mains ils en réclamaient encore et encore.
J’ai quitté la scène en retenant mes larmes.
J’y retourne quand vous voudrez !
C’était un très beau cadeau, mais l’aventure ne s’est pas terminée là. Dans le hall, un petit bonhomme, barbu, vient me voir et me dit, pratiquement sans accent : « Bonsoir monsieur CorBier. Je viens vous féliciter pour vos chansons. Je me suis beaucoup amusé et j’ai une demande à vous faire. Voilà. J’aimerais traduire vos chansons ! » Comme je lui fais remarquer que mes textes sont un peu… heu … osés parfois et souvent argotiques, il me dit l’œil malicieux : « Mais c’est justement pour ça que ça m’amuserait de le faire… Vous savez, (ajoute-t-il) je suis professeur de lettres ici à Irkoutsk et j’ai déjà traduit Prévert et Brassens. Je serais réellement heureux de le faire pour vous. »
Je ne vous le cacherai pas, vous me connaissez et je n’ai rien à vous cacher : ça m’a beaucoup plu !
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Le Lac Baïkal
Lamartine tiens-toi bien : à Irkoutsk aussi il y a un lac ! Et pas n’importe lequel. J’y suis allé vite fait, trop vite fait, mais comment faire autrement quand on a si peu de temps. Baïkal qu’il s’appelle le lac. J’étais dans un car à touristes avec des rideaux aux fenêtres.
On m’a raconté que les touristes qui ne savent pas où ils sont, ont mis au point une technique infaillible qui leur permet de se repérer ! Ils descendent sur la grève et jettent en loucedé une pierre plate sur la tronche d’un type qui se met à brailler : « Quel est le con qui balance des caillasses sur le lac Baïkal ? » Moi, comme j’avais ma guide privée je n’ai pas eu besoin de faire ça. Mais le touriste égaré oui. Je l’ai vu. Je l’ai regardé et j’ai admiré le boulot. Au début je croyais qu’il cherchait à faire des ricochets, mais comme les caillasses atterrissaient chaque fois sur la tronche d’un autre touriste, force m’a été de comprendre qu’il cherchait à savoir où il était. Au bout d’un moment, il y a eu deux ou trois pékins qui se sont mis à pisser le sang en braillant la fameuse phrase : « Quel est le con qui balance des caillasses sur le Lac Baïkal ? » Comme le touriste est fin il en a illico déduit q ue c’était le nom du lac, et il est remonté heureux dans son autocar pour la suite de la balade qui l’a menée au marché du poisson séché où il s’en est fourré jusque là avant de vomir sur la nuque du chauffeur puis de reprendre le lendemain l’avion pour ses contrées civilisées c'est-à-dire pleines de bruits, de bagnoles et de fumées qui donnent le cancer.
Il parait qu’au Lac Baïkal il y a aussi des phoques d’eau douce. Et des plantes qu’on ne trouve nulle part ailleurs, mais je n’ai rien vu d’autre que les touristes qui vomissent. C’est un peu dommage.
Sur le chemin du retour j’ai visité un camp retranché de cow-boys. Très beau et entièrement en bois, mais je n’ai pas vu les Indiens et j’en ai été tout à fait désolé.
Sur le chemin du retour, sur un tronc d’arbre, dans la forêt, il y avait trois verres de vodka. Comme je m’étonnais de voir là ces trois verres, la guide m’a dit : « Le plus étonnant ce n’est pas qu’il y ait trois verres posés sur un tronc, mais qu’ici, en Russie, ils soient encore pleins ! »
Le lendemain j’ai repris l’avion et j’ai mis 19 heures pour regagner ma maison normande. J’étais cassé lessivé, vidé, épuisé, mais je n’ai rien regretté.
Si les types qui gèrent les Alliance Française veulent encore m’inviter, ici ou ailleurs, qu’ils sachent que j’ai mis de côté pour eux une guitare et un ukulélé.
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La chanson inédite
Bahamas
C’était le 13 juillet tu vois si je m’en souviens
Je m’étais réveillé avec la radio des voisins
Hin hin hin
Une fois le lait mis sur le gaz et le grille-pain sorti
Je m’étais fait couler un bain pour effacer la nuit
Hin hin hin
En revenant j’ai vu que le lait avait débordé
Je me suis mis à courir c’était l’heure où j’attendais
Ton coup d’fil des Bahamas
Je me suis pris les pieds dans les cordons du pyjama
J’ai fait un vol plané ma tête a heurté mes nougats
La la la
Mes dents ont cogné la plaque en marbre du guéridon
Et je me suis coincé les doigts sous le bahut breton
La la la
J’ai renversé le grille-pain y a eu comme une étincelle
Le gaz a explosé t’auras plus à faire la vaisselle
En rentrant des Bahamas
Le souffle de l’explosion a balayé l’étage
Et l’assurance n’est pas payée
Le frigo a défoncé la verrière du garage
Et la 2 CV est éventrée
La pendule en a profité pour me choir sur le dos
Et les murs ont lâché tout d’suite après les tuyaux d’eau
Ho ho ho
Quand le téléphone a sonné j’ai su que c’était toi
Si j’ai pas décroché c’est que j’étais sous les gravois
M’en veux pas
Puis les pompiers sont arrivés j’ai reçu un coup d’pioche
Et l’ambulance qui m’emportait a versé sous le porche
De l’hôtel Les Bahamas
Tu vas rire mais à l’hôpital on m’a piqué
Mon portefeuille et mes papiers
Puis un médecin fou m’a ôté quatre fois de suite
Du côté gauche l’appendicite
C’était le 13 juillet, tu vois si je m’en souviens
La veille j’avais trouvé les lettres d’amour du cousin
Qui t’invite aux Bahamas
Aux Bahamas.
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Épilogue
Mes blondes biquettes, ce 57ème numéro du Petit Corbinou s’achève.
Voici une nouvelle qui ne vous laissera pas de marbre. Il se pourrait bien que sous peu et pour pallier les soucis de distribution du Petit Corbinou qui n’arrive pas toujours à terme, je vous envoie toutes et tous dès la rentrée sur mon blog qui reste à créer. Si ça se fait, rassurez-vous je vous ferai parvenir un mail spécial Petit Corbinou pour vous indiquer la marche à suivre. Mais vous pouvez déjà me laisser un petit mot, si le coeur vous en dit sur www.myspace.com/francoiscorbier. A cette adresse vous profiterez aussi de mes amis qui ne manquent pas de talent. Il suffit de cliquer sur leur photo pour aller dans leur page ! Des heures de plaisir en persepective.
Bises aux filles et une grande claque virile dans le dos des velus.
Corbinou |