Éditorial
Je colorie le débarquement
Poésie
Horoscope
Photo dans le stade
Ray Charles a mis les bouts
Proverbe
La langue de Molière
Petite annonce
Une chanson
C'est fini


Ce numéro du Petit Corbinou, au moment où vous le recevrez, je serai en plein Festival d'Avignon. Écrasé de chaleur. Les pieds en capilotade. Le dessous du bras humide et la langue au ras du sol. Vous, vous serez au bord de la mer ! Bronzés, les pieds dans l'eau, une gonzesse sous le bras et la langue dans sa bouche... J'ai honte pour vous. Avec un peu de chance, vous ne penserez même pas à moi ! Je vous avais annoncé qu'il n'y aurait pas de Petit Corbinou en juillet, mais... pris de je ne sais quel remords, et vu la quantité de réclamations, je me suis dit : hop, au boulot !

Dans ce numéro, vous ne trouverez que des choses passionnantes. Le Débarquement, un cours de grammaire, et Ray Charles. Hélas, je ne pourrai pas vous parler de l'actualité et pour cause, mais comme je ne baisse jamais les bras, je peux tout de même vous annoncer sans trop de risque de me tromper, que le 15 Juillet le maillot jaune sera sur les épaules d'un coureur à bicyclette.

Vous aurez droit à un rectificatif, concernant la banderole dans le stade, dont vous aviez découvert la photo le mois dernier et, tout a fait exceptionnellement, pour la première et dernière fois je vous offre votre horoscope. C'est comme ça, les vacances avec le Petit Corbinou.

Bonne lecture !


Je n'avais pu, le mois dernier, vous parler du Débarquement. Manque de place, hélas ! dans la niouzeletteur. Cette fois, vous n'y couperez pas. Un ami, qui a la chance d'aller faire ses courses chez Jean-Claude Grandesurface m'a gentiment fait parvenir un document tellement beau que pour un peu je n'en aurais pas cru mes vieux yeux avinés qui pourtant en ont vu, des conneries ! Imaginez ça : un album à colorier (trois-six ans) conçu par les Éditions Ouest-France et finement intitulé : Je colorie le Débarquement.
Plein de jolis dessins, l'album décline en anglais et en français les grandes heures du débarquement avec, tenez-vous bien, une carte stylisée de la région, les insignes militaires et un plan de l'Opération Overlord. On peut y voir également un G.I., un para britannique, un soldat canadien, des chars Sherman M4, les chasseurs Hawker Thyphoon, la célèbre Forteresse Volante B17... et, surprise, un militaire allemand. Il y a même une saynète dans laquelle on voit deux types, sans doute des maquisards, tout sourire, écoutant la radio d'où s'échappent les vers de Verlaine... Les sanglots longs des violons...etc. ...
Lorsque le copain m'avait signalé l'album, pour être franc, je m'attendais, jubilant d'avance, au pire, et je n'ai pas été déçu ! Bien sûr, c'est la guerre, et surtout l'armée, qui sont une fois de plus magnifiées, et ça, c'était couru d'avance, mais les éditions Ouest-France, dans un genre de sursaut d'intelligence mal placée, ont tenté d'aller plus loin que le côté sportif de l'aventure. Imaginez-vous que dans le bouquin, on y voit aussi : des ambulanciers, des ruines et un cimetière, ce qui, dans l'esprit embrumé des auteurs, signifiait sans doute : Attention mon petit lapin ! La guerre, c'est aussi des blessés, ta maison détruite et ton papa mort... Dommage qu'il n'y ait pas eu une page à colorier entièrement en rouge avec la légende : Le sang des civils-The civilian's blood...

À quand des albums de foot à colorier, avec, en plus des maillots ridicules et des chaussettes craignos, des images de supporters avinés se tapant sur la gueule, pendant que des CRS écumant les chargent dans les gradins qui s'écroulent ! Et pourquoi ne pas imaginer, dans les vestiaires, des joueurs se faisant un fix avec une seringue en sniffant de la coke tandis que derrière eux, un type à gros cigare compte ses dollars... Allez Ouest-France ! Vous pouvez encore progresser ! Au boulot !


Je ne sais plus qui je suis
Pour me retrouver je crie
Je suis à la page quand j'écris
A l'éponge quand j'essuie


Si vous êtes :

Beignet, Corsaire, Valence, Capricéfini, Coraux, Lyon, Arpion, Cerveau, Mégot, Cierge, Étagère, Poêlon, Banane, Diesel, Vitreteintée, premier, second ou troisième des cons

Amour : Une mise
Santé : au point
Travail : s'impose
Chiffre : 6 ? Ah non c'était 7, t'as perdu
Couleur : Menthe à l'eau si tu t'appelles Eddy, Rouge si tu t'appelles Sardou, Gris biche si tu es une sauce
Point faible : ton goût immodéré pour les grillades de mouches au barbecue.
Point fort : tes maillots de bains en laine des Pyrénées.
Mon conseil : Cesse de te caresser les dents avec un marteau piqueur.

Le mois dernier, honte sur moi, je vous ai offert la photo ci-dessous avec une légende fausse, et en réclamant de votre part des renseignements. Ça n'a pas traîné. Merci. Honte sur moi.
Cette photo n'a pas été prise à Lyon, dont le stade s'appelle Gerland et non pas comme je l'avais écrit : Geoffroy Guichard..., mais à Paris, au Parc des Princes. Elle aurait été faite par un membre du site www.supras91.net voici un an et demi.
Cette banderole aurait été réalisée pour la tribune "Virage d'Auteuil" et elle était destinée à se foutre de la gueule des supporters Marseillais qui comptent dans leurs rangs Renaud et Lalanne.
Le foot m'emmerde, je l'ai toujours revendiqué, mais j'étais tout à coup, vanitas vanitatum, tout près de trouver un charme inouï à ces braves garçons aux maillots bigarrés faisant sauter des pétards et des fumigènes colorés dans les tribunes en communiquant à longs coups des trompes, bien mal m'en a pris...
Je savais que certaines tribunes des stades étaient parfois fréquentées par quelques gros lourds un peu fascisants, heureusement pas celle d'Auteuil où on ne risque guère que de croiser des trous du cul variqueux qui se reconnaîtront. En tout cas je veux les remercier de m'avoir mis en compagnie Renaud et Lalanne pour lesquels j'ai le plus grand respect. J'aurais été vexé s'ils m'avaient associé à quelques célèbres tricheurs magouilleurs drogués dont hélas le monde du football professionnel n'est pas exempt.

Merci les gars et bon match !


Ça m'a fait tout drôle. Ray Charles est mort.
Il était deux heures du matin, j'étais en train d'écrire à des amis, sur le web, et j'avais laissé rouler la télé. Guillaume Durand venait d'achever son émission littéraire. Il avait invité une jolie blonde qui n'arrêtait pas de rigoler en expliquant que l'amour c'est des phéromones et rien d'autre. C'est sans doute vrai, mais Guy Béart nous l'avait déjà chanté il y a plus de vingt cinq ans, et je me disais que chez Odile Jacob ils ont un peu de retard, mais qu'après tout, le retard, c'est moins grave chez un éditeur que chez une jeune beurette qui s'est fait violer trois semaines plus tôt à cause des phéromones. Bref, je n'étais pas très intéressé, et puis les infos : "Ray Charles est mort", a dit la journaliste.
Ça m'a fait bizarre. J'ai senti ma gorge se nouer. Ray Charles. J'avais 16 ans. What'd I Say? Putain... C'était le début des guitares électriques. On en voulait tous une. Moi, j'avais trouvé des gus qui étaient prêts à me faire une place dans leur groupe, seulement il me fallait une gratte électrique. Alors je passais mon temps à en essayer une. Toujours la même. Je me souviens, c'était une EKO. Je n'avais pas le fric pour m'acheter l'engin, mais tous les deux jours, je fonçais chez le revendeur de grattes qui avait posé sa boutique Boulevard St Martin. Le patron, un brave type, qui n'avait pas mis des mois pour me repérer, vu mes fringues et ma coupe de douilles, avait bien compris que ce n'était pas avec moi qu'il allait faire fortune, mais, sympa, il me prêtait quand même l'objet de toutes mes convoitises. C'était comme un rituel. J'allais me laver les mains, puis, je m'asseyais au centre du magasin. On branchait un ampli qui devait développer deux watts virgule cinq... et roule Bouboule c'était parti pour un quart d'heure. Elle était rose, les cordes à un centimètre au dessus du manche me coupaient les doigts et elle faisait un bruit de chiotte, l'EKO de mes rêves ! Mais je te jure que pendant les quinze minutes où je l'avais entre les mains, j'étais champion du monde ! Plus rien n'existait que la guitare et moi. Je planais. J'étais ailleurs. Pour la tester, la fichue gratte, je ne connaissais qu'un truc : la ligne de basse de l'intro de What'd I Say... et les jours de grand délire, je me lançais dans un solo échevelé des cinq premières notes des Jeux Interdits... Je devais vraiment avoir l'air con, mais le patron, qui sans doute en avait vu d'autres, me laissait faire. Gentil, patient... et sourd. Un jour il m'a dit : C'est quoi ce que vous jouez là ? Je lui ai dit : c'est une musique de Ray Charles ! Ah bon ! qu'il a fait : c'est un guitariste ? Ah, dur ! Il devait être le seul au monde à ne pas la connaître, notre idole ! Ray Charles ! Où alors c'est qu'il se foutait de ma gueule ?... En y réfléchissant, ça n'a rien d'impossible, et ça pourrait même être probable...
Ray Charles - on disait " raye tcharlss " ça nous donnait l'impression de parler anglais couramment -, il chantait pas tout seul. Avec lui il y avait les Raelettes... c'était ses choristes. Trois filles aux gros poumons qui tortillaient sévère autour du piano. Ce n'était pas ce que je préférais, mais paraît que c'est ça qui a donné l'idée à Clo - Clo de chanter avec les Claudettes... Mon pote Cabu il attendait avec impatience que Tino Rossi ait ses Tinettes... Je le sais parce que c'est lui qui me l'a dit !
C'était l'époque des Blousons Noirs et de la guerre d'Algérie... Tous les jours à la radio, il y avait un connard pour nous bassiner sur les méfaits des blousons noirs qui avaient battu le record du nombre de gus entrés dans une cabine téléphonique... Je crois que la dernière fois que j'ai entendu parler de ça, ils étaient un peu plus d'une vingtaine dans la cabine... Moi, je les trouvais rigolos les Blousons Noirs. A la Bastille, entre la Foire au Jambon et les manèges, j'en voyais tout le temps. Ils étaient sympas, un peu stranges, mais franchement, je me suis toujours demandé pourquoi la presse de l'époque en faisait ses choux gras. Entrer dans une cabine téléphonique, même à vingt, tiens même à quarante, même si c'est pas futé futé, ça me semblera toujours moins con que d'aller casser, du bougnoule, à balles réelles, sous les drapeaux...
Quand on n'était pas un Blouson Noir, ce qui était mon cas, on avait les cheveux gras, laqués, bananés, des pompes pointues, des futals pattes d'ef à carreaux et on se faisait traiter de pédé par les flics et les vieux cons qui avaient décidé une fois pour toutes que la chanson et la musique c'était Luis Mariano... un point c'est tout.
Nous, la musique, c'était Ray Charles. Je n'avais pas le fric pour acheter ses disques, et puis quand bien même je l'aurais eu, il n'y avait pas de tourne-disques à la maison, alors pour écouter ses chansons, je faisais la même chose que chez le vendeur de guitares, mais chez les disquaires. À l'époque, il y avait une boutique aux Champs Elysées. Comment ça s'appelait déjà ?... Peut-être bien Le Lido Music, ou quelque chose comme ça, en tout cas, c'était un magasin vachement connu pour la qualité de ses imports. J'y allais à pied depuis la Bastille. Ça me faisait une jolie promenade. Le vendeur rigolard me voyait venir... Lui aussi, il avait pigé que mes fafiots je les lâchais avec un élastique, mais bon, il jouait le jeu. Il me passait Raye TCharlss... Je l'aurais écouté toute la journée. Étrangement je n'ai même jamais cherché à savoir ce qu'il racontait ! Ce qui me fascinait, et je ne devais pas être le seul, c'était la voix de cet homme. On aurait dit qu'il pleurait et qu'il rigolait tout à la fois et, chose incroyable, il le faisait en chantant ! C'était beau, drôle et triste en même temps. Et puis c'était vivant. Ça donnait envie de remuer les guibolles. Ce n'était pas du Blues, ce n'était pas du Jazz, c'était récupéré par les petits blancs du Rock and Roll, mais je ne suis pourtant pas certain que c'en fût... Ray Charles, quarante ans après, je ne sais toujours pas ce que c'était. Mais bordel comme ça m'a plu et comme j'ai aimé ça ! Les spécialistes ont dit que c'était un génie parce qu'il était parvenu à faire la synthèse de toutes les musiques populaires américaines. Le Blues, la Soul, le Gospel, le Rythm and Blues, le Jazz, la Country, la Variété... et qu'en plus il chantait des trucs salaces sur des arrangements religieux... Franchement, ça m'échappe, et plus j'y réfléchis et moins je parviens à définir ce qui me plaisait chez cet homme-là... Si ça se trouve, c'était la guitare rose, de la marque EKO du Boulevard St Martin...

Salut Raye ! Comme t'étais aveugle, peut-être que toi maintenant tu le vois, le bon Dieu...


Non seulement on ne prête qu'aux riches
Mais en plus, on ne porte cochère.


Nous avons une langue complexe. Tous les étrangers vous le diront. Et sans vouloir leur donner raison, je peux tout de même accorder à leurs propos une certaine pertinence. Connaissez-vous d'autres grammaires qui permettent aux mots d'être tour à tour masculin ou féminin selon la tournure de la phrase ? Ne dit-on pas : Un grand amour - mes belles amours... Enfin on disait parce que j'ai bien l'impression qu'on dit plutôt : viens ici que j'te nique salope, mais, si on y regarde d'un peu près, on peut constater qu'en passant du singulier (un grand amour), au pluriel (mes belles amours), le mot s'est féminisé... Il n'y a qu'en français qu'on rencontre ce genre de chose. En grattant un peu, on trouverait aisément des milliers d'exemples : Le pain - lapin ! Le chat - l'achat ! Le sot - lasso ! Le rond - larron ! Le pont - Lapon ! Un ballon - Des chaussettes à carreaux... etc. ...
Et bien figurez-vous que jusqu'à peu, j'étais persuadé de ce que vous venez de lire ! Or, quelques amis espagnols m'ont démontré que chez eux aussi, depuis le naufrage du Prestige dans leur région, un mot s'était modifié en passant du singulier au pluriel. Désormais, en Espagne, on dit couramment aujourd'hui : Une Galice - Dégueulasse ! Je veux donc, ici même, remercier nos amis pétroliers qui ont permis à la langue de Cervantès de s'améliorer mieux et plus vite que toutes les réformes n'auraient su le faire !
Le Ricard - l'Erika ? Ce n'est pas mal non plus !!!


J'ai dans mon jardin un arbre dont les fruits exotiques ressemblent à des étrons. Si vous possédez un arbre à papier je suis preneur.


Pour Dieu, pour Dieu !

Et c'est toujours au nom de Dieu
Que des prêtres appellent au crime
C'est en son nom qu'on assassine
Pour lui qu'on souffle sur le feu

Pour Dieu, pour Dieu ! Aux sons des violes
Et des trompettes on perpétue
La haine pour les autres. On tue !
Pour Dieu la torture et les viols

Pour Dieu sa gloire son immanence
Pour son amour on éviscère
Pour Dieu le fouet, pour Dieu la pierre
Pour Dieu la haine et les offenses.

Pour Dieu, pour Dieu ! Ainsi soit-il !
Et sous le voile on emprisonne
La femme jeune qu'on bâillonne.
Pour Dieu ! Les enfants qu'on mutile.

Pour Dieu le sang cherche le sang.
Pour Dieu vengeance crie vengeance
Dieu des bûchers, Dieu des potences
Et du silence assourdissant

Pour Dieu, pour Dieu ! La mort ! Les larmes !
Pour Dieu, les bouchers ! Les bourreaux
Pour Dieu le fil de nos couteaux
Pour Dieux les tripes et les larmes.

C'est l'éternelle comédie
Les prêtres fournissent la faux
Les cibles ne font pas défaut
Quand Dieu ouvre son Paradis

Pour Dieu, pour Dieu ! Pas de saison
Pas de repos pour la croisade
Pour la guerre sainte le djihad
Il y a toujours mille raisons.

Je vous embrasse, surtout les filles, surtout quelques-unes, enfin, surtout une. Je suis un peu jaloux de vos vacances, mais comme je tiens à vous, permettez-moi de vous adresser ces derniers petits conseils : Méfiez-vous du soleil qui fait cloquer la peau. Ne vous brûlez pas la langue sur les braises du barbecue. Ne vous baignez pas dans le puits. Ne vous cassez pas la jambe et les deux bras sur les sentes escarpées des randos montagnardes. Évitez la viande avariée et les nougats trop secs qui abîment l'estomac et brisent les dents. Éloignez-vous des pommes de pins et fuyez les noix de coco qui font éclater les crânes en atterrissant. Ne regardez pas les aiguilles des machines à coudre sans lunettes de soleil et n'attachez pas les lacets de vos baskets au col de votre chemise ! Si vous vous appelez Robert Redford, conservez votre pseudo, Robert Rougetoyota ce n'est pas bon.
Je compte sur vous pour la rentrée.
Pas de Petit Corbinou avant le 15 Septembre, j'ai besoin, moi aussi, de me recharger les batteries. Je serai en Corse à partir du trois ou du quatre Août.
Entre deux siestes venez me dire bonjour !


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