Retour aux articles

Vive le diabète
11 mai 2008
Tous les matins, tous les après-midi, dans un cagibi de 5 mètres carrés, le fion collé sur des sièges en bois de béton, on a droit à une conférence, ou un débat, mais toujours sur le même thème : Mes lascars on va tout vous expliquer sur notre maladie : Le diabète ! Hier c’était un grand black qui nous a raconté que désormais il allait falloir s’habituer à se faire contrôler les artères, les poumons, le cœur, les mirettes et pas faire les cons avec le pinard ! Ça rigole pas ! Pire. « Si vous ne bandez plus, pas la peine de chercher c’est la faute au sucre ! On vous apprendra à vous faire des piqûres dans la verge ! » Cet après-midi, c’est la podologue qui est devant nous. Elle nous raconte la vie de nos doigts de pied !...

« Lavez-les tous les jours. Essuyez-les convenablement. Touchez-les ! Caressez-les ! Parlez-leur ! Mettez-y de la crème pour les hydrater ! Vos pieds sont vos amis, apprenez à les connaître »… Tandis qu’elle parle, je sens le sommeil m’envahir. Il est vrai que je viens de quitter la table et que, diabète aidant, j’ai tendance à piquer du blair plus souvent qu’à mon tour. Alors, pour me tenir un peu éveillé, je me raconte des blagues. Je repense à Fernand Raynaud… Dans un de ses sketches, un adjudant vachard et retors demande à son peloton d’appelés (une bande d’intellectuels…) : « De quoi sont les pieds ? » . Nul ne s’avérant apte à fournir la solution, il donne, tirée du manuel de l’infanterie, la réponse suivante : « Les pieds sont… l’objet de soins attentifs ! » Sacré Fernand !
La podologue, pour nous faire bien comprendre qu’il ne faut pas rigoler avec les panards nous invite à : « toujours marcher chaussé. Même à la plage. Même dans l’eau. Même à l’intérieur de la maison ! Une nuit, un de mes patients, qui avait négligé de se conformer à cette simple recommandation, se cogna le pied contre la colonne en porcelaine de ses toilettes. Comme le diabète lui avait niqué les micro-terminaisons nerveuses de ses pinceaux, il n’avait rien senti. Le lendemain son épouse voyant du sang sur le sol et dans le lit s’en était inquiétée, mais hélas, il était déjà trop tard ! Une plaie sur le pied d’un diabétique, c’est la galère. Il faut souvent des semaines, voire des mois pour la faire disparaître ! Malgré mes soins attentifs ( !) et les secours conjugués de l’ensemble du corps médical, on ne parvint pas à le guérir. Ce fut bientôt la gangrène… Puis l’amputation ! »
Ah ! le coup est rude. On est tous là. Silencieux. À quoi pensent les autres ? Je n’en sais rien. Mais le fond de l’air est lourd. Moi je revois mon grand-père qui, en plus d’être alcoolique, était diabétique. À lui aussi on avait coupé la guibole. D’ailleurs il en était mort quelques jours plus tard sans refaire surface… Avec les copains on n’ose plus se regarder ! Y a de la pâleur sous les barbes naissantes de ce début d’après-midi. De la pâleur et du vague au fond de l’œil. Je sais que, dans les tronches, ça turbine à donf ! « Putain on lui a coupé le pied à ce malheureux type parce qu’il s’est cogné contre son gogueneau ? » Ah non ! Merde ! C’est trop con ! « S’il avait eu des chiottes à la turque ça ne lui serait pas arrivé ! Mais d’un autre côté, s’il avait fichu le pied dans le trou il se serait noyé !!! » J’ai dit ça comme ça. À la volée. Pour détendre l’atmosphère. Passé la seconde de stupéfaction, c’est l’éclate générale ! La podologue y reste. Tous les autres aussi d’ailleurs. Moi j’ai au coin de l’œil les larmes du fou-rire.

Qu’est-ce que c’est chouette, les conférences diabète !
Je vous les conseille.
Non, mieux : Je vous conseille de choper le diabète : c’est le pied !

Ecrire à Corbier
Retour aux articles

PROCHAINS CONCERTS
juillet 2008
lumamejevesadi
30123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031123
voir tous les concerts
 s'abonner au flux RSS
Mentions légales
Webdesign et réalisation :
Le sens de votre image