Vieille en noir (la)
texte de 1972 environ ...
C’est en culotte courte que j’allais chez la voisine
Vieille dame en noir qui m’asseyait sur ses genoux
Et qui me fredonnait « La Paloma » et « Nuit de Chine »
Entre deux gâteaux secs un cidre doux
Chez elle ça sentait les confitures et le linge
Dans son armoire sous les piles de draps en secret
Séchait de la lavande et parfois je faisais le singe
Pour qu’en cachette de tous elle m’en offre un bouquet
Le dimanche souvent j’allais voir au Jardin des Plantes
Avec ma vieille en noir qui me retenait par le bras
Les lions faire des huit au fond de leurs cages géantes
Et l’on tremblait ensemble : elle plus que moi
Croquant de la réglisse on rentrait par les bords de Seine
Les piétons y avaient le droit de cité en ce temps
Le chemin était long une heure y suffisait à peine
Et tout au fond de moi je le souhaitais encore plus lent
Le jour de mes dix ans elle m’offrit une bicyclette
Cadeau dont je rêvais mais avant qu’elle me le donnât
Je dus faire serment et sur mon cœur et sur ma tête
De toujours m’arrêter pour les chats
Puis j’ai gagné le droit d’aller faire l’andouille militaire
Paraît que la patrie avait besoin de mon talent
Quand j’en suis revenu ma vieille était six pieds sous terre
Et j’ai su que la France m’avait fait perdre mon temps
C’est en culotte courte que j’allais chez la voisine
Vieille dame en noir qui m’asseyait sur ses genoux
Et qui me fredonnait la Paloma et Nuit de Chine
J’ai gardé sur ma lèvre le goût de son cidre doux.
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