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Dès que l’orchestre s’arrêtait, le bar de nuit ouvrait ses portes ! Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que tu ne comprends pas là ? Ben c’est la suite de mon histoire au Club Méditerranée. C’est toi qui me l’as demandée ! Je t’ai dit qu’on faisait un bond dans le temps ! Ça se fait pas en trente secondes un voyage dans le temps ! Qu’est-ce que tu peux être ronchon ! Bon on peut y aller ? Oui tu as le temps d’aller aux toilettes mais ne traine pas trop, le lecteur attend ! Petit résumé pour celui qui vient d’arriver. On est en 1965. J’ai vingt ans. Je viens d’être engagé au Club Méditerranée de Cefalu en Sicile, où je chante au bar de nuit chaque soir. Je m’appelle encore Alain. Je suis maigre comme un coucou. Ma guitare est en bois et mes cordes en nylon. Les GM apprécient mon personnage et j’ai composé la chanson village « Mon ours »… Un tube ridicule et envahissant !... Bon t’arrive ou bien ? Pose-toi j’y vais !
  

Le bar de nuit c’est une baraque de planches et de paille. On y a entreposé des bouteilles de bière, des jus de fruit, du vin rosé et du whisky. On y propose aussi du « Jus de Palma ». Nul jamais n’a su ce que c’était mais ça part bien. Il est vrai que c’est frais et pas cher. À mon avis il y a de l’eau, un colorant et un jus de citron pour dix litres de flotte… Personne ne s’est jamais plaint… Si ça se trouve c’est bon… Va savoir. Le choix des boissons est, comme on l’a compris, rudimentaire, mais le barman l’est aussi et l’animateur, moi, débutant. Tout ça est à la bonne franquette et on n’est pas au Lido !

On s’y rend à pied par un long chemin escarpé bordé de vieux oliviers. La terre est rouge et la plage de granit noir. Le ressac y est généreux ! Pour me faire entendre je suis tenu de brailler. C’est une bonne chose. Ça m’oblige à me tenir droit et à pousser sur les cordes vocales. Le public présent est essentiellement composé de jeunes gars et de jeunes filles qui se regardent dans le blanc de l’œil. Le clair de lune est ma seule lumière. Je raconte des sottises entendues en cabaret dans la bouche de mes aînés, je reproduis leurs sketches, je raconte leurs histoires et je chante mes chansons.

Je n’ai pas à me plaindre. Ça fonctionne même pas mal du tout pour ne pas dire très bien. J’ai réussi à fidéliser la clientèle avec mes salades. Je revois souvent les mêmes visages. On se fait des fricassées de museaux ! J’ai même réussi à me constituer un public de « fans »… Bien sûr, les sportifs, les rois des grands fonds, les champions de la régate, les baraqués des sports de combats et autres lève-tôt sont dans l’ensemble absents, mais les amoureux sont là. C’est choupinou tout plein et je suis heureux.

Dans mon répertoire, il y a une chansonnette que j’ai composée quelque temps avant de m’embarquer dans cette aventure, « Tombe l’eau » qu’elle s’intitule.
C’est n’est pas une merveille d’écriture, on sent bien à la relecture qu’il s’agit d’une œuvre de débutant, mais elle plaît. Il y a peu de chance qu’on m’accueille au quai Conti avec ça, mais le public, à ma grande surprise et pour mon plus grand plaisir, l’a adoptée. Les GM, mais aussi un professionnel de passage que Gilbert Trigano a invité à donner de la voix en échange d’une semaine de vacances.

Son nom ? Quoi son nom ? T’es jamais content ! Comment veux-tu que je me souvienne du nom de ce chanteur quarante-cinq ans après ! T’en as de bonnes, toi !
Attends… Bernard Stéphane. Oui ! C’est ça ! Bernard Stéphane. Je le revois. Pas très grand il me semble, blond. Peut-être roux…. Et quelle voix ! Un vrai chanteur celui-là !

Un soir il vient m’écouter au bar de la plage et me demande de qui est cette chanson « Tombe l’eau ». De moi, Alain, je lui dis. « J’ai, me dit-il , bien envie de la chanter. Je dois faire un concert sur la piste de danse dans trois jours est-ce que ça t’ennuierait que je la chante ? ». Tu parles que ça m’ennuie ! Je biche comme un pou ! Je la lui donne avec enthousiasme, et le soir du concert, Il termine son tour de chant sans l’avoir faite. Je suis un peu déçu, mais voilà que le public le rappelle et qu’il annonce : « L’autre soir je suis allé au bar de la plage et j’en ai rapporté une chanson qu’Alain votre animateur a composée. Je vous propose que nous la chantions tous ensemble ! ». Et voilà qu’il attaque ma chansonnette. Comme pas mal de personnes sont venues m’écouter, et que la chanson fonctionne bien comme je te l’ai dit, dès le premier refrain, les vacanciers se mettent à chanter avec lui. J’en suis sans voix. En larmes aussi, mais heureux !

Cette foule du Club Méditerranée et ce jeune homme m’ont offert ce soir-là le plus beau cadeau du monde. Il faudra qu’il se passe encore bien des années pour que j’oublie ce moment, et si ça se produit il faudra en accuser Alzheimer...

Tombe l’eau. …

Bon demain je te raconterai la fin de cette aventure ! Ben oui ! Y a une fin ! C’est comme tout. Tu connais un truc qui n’a pas de fin toi ? Tout a une fin ou un bout, sauf les saucisses qui en ont deux !
Allez hop au lit ! Quoi, non ? Au lit j’te dis ! Zou. M’énerve çui-là ! Et si tu m’entends ronfler, mets des boules !

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