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Suisse
11 mai 2008
Lorsque j’ai reçu le mail de l’Ecole Polytechnique de Lausanne, je me suis dit qu’il devait y avoir une erreur ! Ben non ! Il n’y en avait pas. Les étudiants me voulaient pour leur festival. Il était un peu tard pour organiser les choses, mais bon, le concert s’est tout de même fait et par l’intermédiaire de mon pote Stéphane de la Compagnie AECE, j’ai même pu récupérer au dernier moment une petite soirée dans un lieu tout à fait épatant, à Martigny, « Les Caves du Manoir ». Le public attentif et rigolard m’y a offert son amitié. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. Merci à tous et à chacun. J’ai chanté une heure et demie. J’ai vendu une cinquantaine de CD sur les deux soirées. Tout a été parfait ! Je me suis baladé dans la campagne riante et fleurie. Le ciel était bleu. L’herbe verte et grasse. Les cloches des vaches emplissaient l’azur de leurs chants mélodieux et j’ai déjeuné au bord d’un lac superbe où des canards voletaient léger… Je pense que j’ai frôlé le bonheur absolu. « Bon alors tout va bien ! » Ben, euh…
  

« Ah ben le voilà not’ râleur ! Ça m’aurait étonné aussi qu’il ne trouve pas un truc à redire, not’ barbudos !!!... ». Ben oui les copains, mais il faut bien que je vous en parle, parce que ça me ronge la patate et comme ce n’est pas la première fois que ça m’arrive faut que ça sorte avant que ça me laisse sur le flanc. J’explique.
Le concert à Martigny était annoncé pour samedi à 21 heures trente. Bon. À 21 heures, personne. Normal, avant l’heure c’est pas l’heure. Il n’empêche qu’une centaine de personnes est attendue et que ça ne se bouscule pas à l’entrée… Bon, on attend. À 21 h 15 toujours pas plus de monde ! On décide de repousser le début de la fiesta à 21 h 45 ! On ne peut guère attendre plus, un groupe passe après moi. À l’heure dite, ils sont une soixantaine dans la salle. Pas si mal, mais quand « on en attend 100, plus ceux qui n’ont pas réservé et qui forcément vont se pointer… » ça fait malaise… Alors, oui, j’ai bossé et le public présent s’est montré sympa, et je n’ai pas vu le temps passer, mais enfin…
En fait, qu’est-ce qui me gêne dans cette affaire ?
Ben voilà. J’aurais aimé que les personnes qui s’étaient engagées auprès des bénévoles à venir aux Caves du Manoir ce soir-là, aient poursuivi leurs efforts jusqu’à pointer leur fion à l’heure du spectacle… Si l’horlogerie demeure l’industrie première de nos amis helvètes, le respect des horaires n’est pas leur fort ! En fait il semblerait même qu’il ait été au-dessus de leurs forces de parvenir à pointer leurs museaux le jour dit à l’heure dite au bon endroit, et c’est un poil rageant, pour moi bien sûr, mais aussi et surtout pour les organisateurs qui n’avaient eu qu’une petite semaine pour faire la com’. Pas le temps d’imprimer des affiches ni des tracts. Rien d’autre que beaucoup de bonne volonté et un bouche à oreille délirant. Comme souvent - on me l’a maintes fois raconté - les gusses contactés dans la rue, dans les bistrots, chez le coiffeur, à l’épicerie, la salle de sport, au bureau, bref, dans tous les lieux où les bénévoles font leur boulot, la réaction est la même : « Merde ! CorBier ! Le vrai ? LE CORBIER ? Çui du Club Dorothée ? Ah ! C’est trop fort ! C’est quand ? Ben un peu que je viens ! Garde-moi une place, je viens avec ma copine, elle l’adorait. Tu penses : Corbier ! »
Et le lendemain du concert :
« Ah ! Merde, j’ai oublié. Je me suis viandé de soir… Je croyais que c’était samedi prochain » Ou bien : « J’ai pas pu venir, c’était l’anniversaire de la cousine de mon ancienne belle-mère. Elle m’avait invité comme chaque fois depuis douze ans à fêter ça en famille à la pizzeria ! Sorry ! J’pouvais pas refuser. Tu piges ? » Il y a aussi les voyageurs : « Figure-toi qu’il m’en est arrivé une belle. Ma sœur est tombée en panne de bagnole j’ai dû aller la chercher à l’autre bout du canton et comme c’était samedi, je te raconte pas la circulation, j’ai mis 4 heures pour faire le trajet et le double pour rentrer. On est arrivés chez nous à 8 heures du matin, je suis encore complètement dézingué, fracass’ »… Et je n’oublie pas les maladifs, ceux qui tueraient père et mère pour justifier leur absence : « Ah mon pauv’ vieux, figure-toi que ma vieille mère a fait une descente d’organes, on a dû l’emmener à l’hosto ! En route l’ambulance a percuté une voiture de pompiers. Il y a eu deux morts. Ça a fait la une de la gazette, t’as pas lu ? J’aurais préféré être avec vous tu peux me croire ! » Encore plus faux-cul, il y a les : « On est venus, mais c’était terminé ! »
On se croirait revenus à la maternelle avec les excuses Carambar... Hé les mecs, c’est pas la peine de me raconter des conneries. C’est à vous que vous mentez. Moi je m’en bats les noix, même si bien évidement il est plus agréable de chanter pour cent gusses que pour soixante, ou moins, mais c’est le type qui m’a fait venir qui fait la gueule. Lui, il va quand même falloir qu’il me paye. Et un déplacement Normandie-Suisse, aller et retour, plus les frais d’hôtel et la bouffe et le cachet, ça finit par douiller. Alors les copains, de grâce, arrêtez le cinoche. Mes concerts c’est par personne entre trois et dix euros de moyenne selon l’établissement. On ne peut pas dire que je vous ruine et que ça va vous empêcher de commander une bière ! À ce prix-là c’est quasi cadeau ! Si vous m’aimez, comme vous le criez partout : venez ! Venez sans honte ! Venez sans faux-fuyants. En famille ! Avec vos copines. vos copains. Vos patrons ! Vos amis ! Vos profs ! Enfin avec qui voulez, mais venez, bordel ! À quoi ça sert de dire « Ah Corbier on t’adore ! » et me laisser chanter pour des fauteuils ? C’est pas tous les jours que je me pointe dans vos bleds, profitons de l’aubaine ensemble ! Non ? Et soyez sympas de m’épargner les excuses qu’un gamin de dix ans n’oserait pas avancer ! Faut vraiment avoir la tronche d’un pois chiche pour me faire des plans aussi ridicules !

Enfin bon. Je suis allé chanter en Suisse quatre ou cinq fois dans ma vie, à Genève, à Lausanne, et maintenant à Martigny. On ne peut pas dire que je vous encombre les salles, alors, si vous avez réservé, respectez-vous : venez ! Venez parce que je le sens bien, le truc. Un de ces quatre, les gusses qui programment en Helvétie, feront l’effort de m’oublier définitivement et là franchement, ça me ferait de la peine, surtout que c’est en Suisse, et que c’est en Suisse seulement, que je peux planquer sur un compte numéroté mes tablettes de chocolat belge ! Pensez-y !

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