Scène
Je suis un véritable produit du Cabaret. Mes études, c’est là que je les ai faites. C’est là que j’ai rencontré mes maîtres. C’est là que j’ai sué, que j’ai pleuré, que j’ai grandi !
Le premier cabaret qui a bien voulu me recevoir c’est le CAVEAU DE LA BOLÉE. Lorsque j’y fus engagé on parlait encore de René-Louis Laforgue qui y avait écrit sur le comptoir : la Marie Vison.
Comme dans la chanson d’Aznavour (Je m’voyais déjà) au Cabaret, j’ai tout fait : j’ai chanté l’amour et la poésie, le comique et la fantaisie. J’y ai créé un mouvement poétique : Le BICHEBOCHIEN. J’y ai développé un système de chansons inventé pour Claude Serat (le papa d’Eric) : les chansons flash ! (interpréter en un minimum de temps, un maximum de chansons !) Bien sûr il ne peut s’agir que de chansons comiques…
Après la Bolée, j’ai travaillé à L’ÉCLUSE. Ce tout petit cabaret était presque aussi important que l’Olympia ! Marc Chevalier, André Schlesser, et Brigitte Saboureau y présidaient. J’y ai passé une des rares auditions de mon existence devant Léo Noël. J’ai adoré L’Écluse. Que ce lieu n’existe plus pour des raisons de taxes ou d’impôts est invraisemblable ! de toutes façons, tous ces petits lieux qui ont été l’âme de la chanson pendant des années ont été tués par la taxe…L’ÉCHELLE DE JACOB, LA RÔTISSERIE DE L’ABBAYE, LA MAIN AU PANIER, LE PÉNITENCIER, LE TIRE-BOUCHON , LE PORT DU SALUT… Que reste-t-il de tout cela… ? Dites-le moi…. Que reste-t-il de la MÉTHODE, où j’ai chanté avec Bobby Lapointe, Pia Colombo, où Coluche s’essayait à tout ? Et le CHEVAL D’OR où nous courions applaudir Ricet Barrier, Annie Colette ?
J’ai chanté dans des lieux impossibles, devant des spectateurs improbables, à des heures impossibles. Passant d’un endroit à l’autre en courant. Trempé de sueur ou de pluie, couvert de neige. Toujours en retard - mais c’est la loi du genre - ne sachant jamais si le contrat va se terminer ce soir ou dans un an. Et peut-être même qu’il s’est déjà terminé hier, mais qu’on a oublié de vous prévenir… La seule façon pour ne pas mourir de faim, c’est de faire trois ou quatre boîtes chaque soir. Au bout d’un mois à ce régime, le tour est rodé, mais avons-nous encore une âme ? À la Bolée on me donnait 20 francs…À l’Écluse 25 et si on m’appelait pour un remplacement, j’avais droit à 5 francs de plus…
Longtemps je n’ai fait qu’un seul cabaret par soir. Le métro était fermé. L’été je rentrais à pieds (St Michel - La Porte Dorée). L’hiver il fallait compter sur un copain plus riche qui avait une bagnole, ou se rabattre sur un client qui acceptait de vous ramener…Mais bien sûr coco qu’on va te remmener… Encore un verre et on y va !
J’en ai vu passer des derniers verres…Avec tous ces verres et tous ces feux qui grillaient, je me demande comment je suis encore vivant !
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