Le riche n’est pas comme vous et moi pourtant il nous ressemble. Il
nous ressemble à s’y tromper. Habillez-le comme vous, mettez-le dans
le métro à l’heure de pointe, enfermez-le dans un bureau puant, dans
un atelier bruyant, une usine assourdissante et vous verrez, il fera
la gueule comme vous. Pour un peu en le croisant vous penseriez voir
votre frère.
Je sais que parfois on s’imagine qu’il a quelque chose de plus qui le différencie de nous. Foin ! Il ne possède pas de bras supplémentaires, pas de cerveau différent pas même une couille rétractile pleine de sang bleu, néanmoins, je vous l’accorde, et je ne crains pas de l’affirmer : le riche est différent de nous pauvres chiches, qui l’envions !
Quelle est donc cette différence, me direz-vous ? Le fric !? Bien sûr le fric, mais pas seulement. Le riche a cette faculté de toujours faire en sorte d’être rat ! Rat, radin, avare, ladre, grippe-sous, pignouf, rapace, chien, vautour, et j’en passe. Nonobstant il se pavane en Rolls, avec des pompes à 3.000 euros, des liquettes à 5.000, des costards à 10.000, et rejoint son yacht à Monaco tous les week-ends à bord de son hélico perso pour se délasser des soucis du monde qui l’affligent et l’accaparent.
Je ne connais pas de riches, mais j’en croise quelquefois.
Ils sont tristes et soucieux. Toujours à l’affût du truc qui leur fera économiser trois balles !… Quelle vie.
J’étais à Monaco il y a peu. On m’a raconté quelques histoires de riches qui m’ont amusé. En voici une et si vous êtes sages, vous aurez droit à une autre.
De la chambre où je dormais je voyais parfaitement par la fenêtre trois magnifiques bateaux ancrés dans la baie du Cap d’Ail à quelques mètres de Monaco, mais en France. Ces navires, si j’en crois mon informateur, et pourquoi me mentirait-il, valent quatre-vingts millions d’euros chacun. Il est possible que ce soit un peu plus... ou un peu moins, mais on est dans l’ordre d’idée. L’entretien annuel de chaque navire est équivalent à dix pour cent de sa valeur. Pour le faire fonctionner huit personnes sont nécessaires. Elles y logent en permanence.
Jusque-là rien de bien particulier.
Le propriétaire de cette flotte a les moyens de se payer ces bateaux
de verre et d’acier, tant mieux pour lui. En plus il donne du boulot
à des marins, des techniciens, des cuistots, des hommes d’entretien.
Rien à dire. Alors ?
Ne sois donc pas impatient : lis !
Je vous disais tout à l’heure que le riche est un rat, eh bien je le prouve ! Figurez-vous que ces vaisseaux superbes et rutilants, décorés, accastillés avec la plus extrême élégance dans les matières les plus rares, les plus belles, les plus nobles et les plus recherchées, et dont le moindre objet d’art négligemment posé sur une des commodes du petit salon pourrait faire manger pendant douze ans quatre villages africains, sont au mouillage en France parce que c’est moins cher qu’à Monaco !…
Des rats vous dis-je !
Une autre ?
Un jour, une dame qui faisait refaire la déco de son gigantesque appartement monégasque, bois précieux et rares, avise le décorateur
et lui dit : « Michel, pensez-vous qu’il vous sera possible de mettre dans les toilettes un morceau de moquette récupéré sur une chute ? »
Bien évidemment le décorateur dit oui et demande où se trouve l’édicule. « Au fond du couloir » dit la dame. Et voilà notre Michel mètre en main ouvrant bientôt la porte du chiottard.
Surprise ! La cabine à étrons n’avait rien de commun avec ce que nous
utilisons vous et moi. Elle mesurait quarante-huit mètres carrés ! Six mètres sur huit ! C’est bien simple, moi tu me mets là-dedans à l’heure de faire pipi, j’ai tellement la pétoche de m’y perdre que j’inonde mes godasses et je me chie dessus !
Vous avez bien lu mes chéries : 48 mètres carrés, « la cabane au
fond du jardin » ! L’équivalent de six cellules à Fleury Mérogis ! Trois piaules d’étudiants parisiens !
Lorsque Michel a dit à la dame qu’il ne pourrait pas trouver de chute
de moquette de cette taille, elle a été déçue …
Comme le chantait l’autre : "Pauvre petite fille riche..."