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Parfois je me réveille et je me dis que je ferais mieux de tout laisser tomber, que je suis désormais trop vieux pour continuer le cirque. Et puis, comme chaque jour, j’ouvre l’ordi et les mails arrivent. De partout. Souvent de personnes dont j’ignore tout. Des hommes des femmes. Souvent des jeunes. Ils me disent tous ou presque la même chose. « Merci pour vos chansons d’aujourd’hui. On vous aimait quand vous faisiez le clown on vous a découvert chansonnier et on n’a aucun regret. Merci » Alors je vais décrocher ma guitare et je sifflote un petit air qui me vient puisque j’ai, comme disait de lui-même Henri Salvador, « un petit oiseau dans la tête ». Il ne chante pas bien fort, pas bien haut mon oiseau, mais il est sincère. Quand il voit le soleil il ne tourne pas autour en disant « c’est une boule de feu pleine de gaz mortels avec des éruptions colossales, qui pourrait semer la mort sur notre planète » ! Il dit : "C’est le soleil ! Il est chaud et il me fait du bien". Et ça lui suffit. Et ça me suffit aussi.
  


J’aime bien appeler les choses par leur nom sans mettre de la vaseline pour arrondir les angles. Quand je croise un salaud, je ne me dis pas : « Voilà un curieux personnage dont les intentions me paraissent bien éloignées de celle de l’humanité et il se pourrait qu’il nous mente, qu’il triche, qu’il sème la mort et la désolation pour asseoir sa soif de pouvoir ! » Non ! Je dis plus ordinairement : « Tiens, voilà un salaud ! ». Et en général je passe à autre chose parce que si on devait sans cesse s’intéresser à ce que pensent les salauds ce serait bien du temps perdu détourné de celui qu’il est souhaitable de consacrer à ceux qui ont besoin qu’on leur tienne le coude.

Il ne faut pas grand-chose pour aider.
Pas grand-chose pour faire plaisir. Souvent un mot. Un coup d’œil. Un sourire. Une poignée de main. Un refrain partagé. Un verre échangé. Je sais faire tout ça et en général je ne me force pas pour aller au-devant des autres. Ça m’est plutôt naturel. Je dois tenir ça de mon éducation. De ma maman. Elle m’a appris à dire bonjour, à sourire, à écouter et à répondre aux personnes qui m’interpellent. J’évite de montrer mes sentiments lorsqu’on me conchie, mais je sais aussi envoyer chier ailleurs l’importun, le trou-du-cul, l’imbécile bourré, le mec qui se la pète parce qu’il a pour une fois devant lui un type de la télé qui a besoin de ses services, et qu’il va enfin, le gugusse, pouvoir montrer « qui c’est le chef ! ».
J’en croise parfois des nez-de-bœufs de ce tonneau. Je me dépêche de les oublier. J’y parviens très aisément.

D’autres fois je suis rappelé à l’ordre par ces nuisibles.
En voilà un qui a un petit pouvoir d’information. Il s’est construit un site dédié à la chanson. Il a décidé que je chantais les chansons de Chantal Goya… Il le dit. Il le répète… Comme ça ne lui semble pas suffisant, voilà qu’il ajoute que je déteste mes collègues chanteurs !...
Un autre qui donne dans l’analyse fine des textes des auteurs de chansons. Ne parle pas de moi. Ce que j’écris ne l’intéresse nullement, mais ce serait trop facile de me foutre la paix. Il faut qu’il y aille de sa petite perfidie. La petite méchanceté gratuite.
Attention, je cite : "... l’autosatisfaction apparente d’un François Corbier qui débarque dans les Fnacs pour y faire des show-cases en prenant de haut (d’après plusieurs témoignages) les vendeurs et vendeuses qui ont l’outrecuidance de ne pas savoir qui il est."
Bon ! Sympa. Je tombe des nues mais puisqu’il a de « nombreux témoignages » notre ami, c’est forcément vrai !
Et l’autre qui refusait de parler de moi dans les colonnes de son défunt magazine parce que j’ai, (je cite encore) « abruti des générations d’enfants » Ça va les abrutis ?

Alors voilà. Je me suis dit qu’il était urgent d’aider les pisse-copie en manque d’imagination. Et plutôt que lire ici ou là des réflexions ridicules et dénuées du moindre fondement, voici la vérité vraie sur votre serviteur.
Parodiant, non point Pirame en un sanglot, mais Perret Pierrot « Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le Corbio… » !

Mes parents, Adolf et Eva, m’ont engendré un soir d’orage à Charlottenburg dans une loge du Deutsches Opernhaus, tandis que des éclairs de feux jaillissaient des cymbales comme des poitrines des chœurs interprétant un chant wagnérien dont on a hélas perdu toute trace.
À la disparition de mes parents, j’ai été confié à un orphelinat irlandais où j’ai découvert les bienfaits de la sodomie dans l’apprentissage des tables de multiplications.
J’ai appris le chant au Chili en faisant manucure de Victor Jara !
J’ai appris la musique sur une guitare en bambou offerte par mon parrain Pol Pot, et l’écriture classique de 1967 à 1974 à Athènes en compagnie d’amis militaires.
Il se pourrait que mon comportement actuel découle de cette jeunesse tumultueuse et vagabonde.
On raconte que j’exige des lieux qui m’invitent à chanter le répertoire d’André Dassary ("Maréchal nous voilà !") dont je me suis fait une spécialité, qu’on me fournisse des enfants que je dévore en quittant la scène.
C’est tout à fait exact.
On raconte aussi qu’on m’aurait vu et entendu chanter des chansons, destinées à un public adulte, dont j’aurai composé les paroles et les musiques en m’accompagnant à la guitare, mais je tiens à apporter à cette rumeur un démenti formel !

Et si ce n’est pas suffisant, je viendrai passer la deuxième couche !

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