Quand on n’a pas fait d’études, ou de mauvaises, comme c’est mon cas, et qu’on est invité à s’exprimer régulièrement dans un lieu aussi chargé d’histoire et de culture que l’est la Sorbonne, je ne vous cacherai pas que c’est une sorte de tsunami de fierté qui vous envahit !
Rassurez-vous, je sais relativiser les choses, et je n’ignore pas que mes chansonnettes ne sont en fait que de modestes blagounettes à placer sur l’étagère qui se situe à des années-lumières du travail des littérateurs étudiés généralement dans ces murs vénérables.
Mais enfin, je ne vais pas bouder mon plaisir, ce serait ridicule !
Puisqu’on m’aime à la Sorbonne et qu’on l’écrit, sans me pousser du coude pour autant, je me redresse un poil et je sens que j’arrive désormais à la hauteur d’un ongle d’orteil d’Hugo Victor, poète français hélas trop tôt ôté à l’affection de sa famille.
Bon, pour faire court, Matthias Vincenot qui préside aux soirées Chansons, Poésies, à la Sorbonne, a eu la gentillesse d’écrire à propos de mon travail.
Pour celles et ceux qui m’aiment bien et qui ont des difficultés à faire entendre à leurs amis, familles, patrons, que je ne suis pas QUE le crétin qui recevait des tartes à la crème à la télé pour amuser les chères têtes brunes et blondes, voici le texte de Vincenot !
Si après ça vous ne parvenez toujours pas à convaincre votre entourage de l’intérêt d’écouter mes chansonnettes, ne vous suicidez pas : Mordez !
François CORBIER
Le malentendu au sujet de François Corbier commence à se dissiper,
et ce n’est que justice. Les raisons en sont le talent d’abord, et le
bouche-à-oreille. La société aimant ranger les artistes dans des cases, il
en a payé le prix fort. Pourtant, co-animer le Club Dorothée n’était pas
déshonorant quand aujourd’hui les enfants regardent L’île de la Tentation et d’autres émissions où les rapports humains sont pour le moins simplifiés…
Corbier était, avant tout, un artiste de cabarets, et c’est presque par
hasard qu’il a fait de la télévision, poursuivant ni plus ni moins son
métier de comédien-chanteur.
Depuis quelques années, il a repris sa guitare et sillonne la France avec ses chansons pour adultes, impertinentes et drôles, tendres et décalées. Il est une sorte de folk-singer français, voilà une étiquette qui lui irait bien.
En concert, il n’a pas besoin de forcer son public à reprendre en chœur ses refrains. Les mélodies sont, non pas simples, mais évidentes, elles collent aux mots et les portent. Dans « Les Chanteurs de l’ossuaire », il rend hommage à ceux dont la mort a accéléré la notoriété et prévient :
« Si j’étais sûr en mourant
De bourrer l’Olympia
J’avancerais de trente ans
Le jour de mon trépas ».
Que ce soit dans ses titres drôles ou dans les plus tristes, Corbier a une plume qui touche juste.
Dans « La Louve », sur la rencontre d’une jeune gitane à qui il
fredonne quelques chansons, il écrit :
« Quand, faute de notes, j’ai dû
Mettre fin au concert
J’étais seul et j’avais perdu
Mon âme dans ce désert ».
Corbier, lui, n’a pas perdu son âme, et ça s’entend dans son nouvel album, "Presque parfait".
Matthias Vincenot
Professeur aux Cours de Civilisation Française de la Sorbonne
Sociétaire de l’Académie Charles Cros