Dans l’immense étendue de cons qui peuplent cette planète, il y a les sans-gêne. Les trouducs ! Les nez-de-bœuf ! Ceux qui se pensent tout permis et viennent t’emmerder chez toi sous prétexte de te rendre service, qui s’imaginent te faire plaisir, ceux qui déboulent pour t’annoncer la bonne nouvelle, celle qui de leur point de vue ne pourra que te réjouir et améliorer ton existence. Ceux-là je les sens venir avant même qu’ils aient eu le temps de commencer leur laïus ! Je les connais, ce sont des cons !
Qu’on me comprenne bien. Je n’ai rien contre les personnes qui me téléphonent pour me vendre leurs bidules, ni contre ceux qui m’appellent pour me dire une ânerie ou me souhaiter de bonnes choses. Au contraire, je trouve ça plutôt amusant voire sympathique, mais il y a la manière et le moment…
La manière.
Lorsque mon téléphone sonne et que j’entends prononcer avec un fort accent étranger : « Bonjour Monsieur Corbier, je suis Henriette Bellevue. ». Je sais déjà, à l’énoncé du patronyme de la personne, qu’il s’agit d’une sorte d’escroquerie. Quand bien même cette personne, par son mariage s’appellerait en effet madame Bellevue, il y a peu de chance pour qu’elle se prénomme Henriette. Je dis Henriette, mais Brigitte, Jacqueline, Françoise, Michelle, Danièle, Jeanne, Marie-Claire ou Sandrine ce serait idem. On donne rarement ces prénoms en Afrique ou en Chine, et cette voix et cet accent déboulent tout droit d’ailleurs ! Ce sont, sans doute, de braves personnes qui se font exploiter par des margoulins sans scrupules qui les obligent à se présenter sous une fausse identité pour vendre en France leurs produits, souvent pitoyables, des jeunes femmes à coup sûr sous-payées comme de bien entendu, et je n’ai rien contre elles, mais si elles veulent me parler, qu’elles abandonnent le patronyme lamentable que leurs patrons leur imposent. Elles sont ridicules.
Ces gens-là me pourrissent l’existence ! Non pas parce que je m’obligerais à écouter le discours de « Henriette Bellevue », je ne l’écoute pas. Je ne laisse pas parler la dame, je la remercie et je raccroche, mais parce que, au nom du sacré saint commerce, ces fumiers d’employeurs se croient tout permis. Je les conchie !
Je ne vais pas les emmerder chez eux, qu’ils me foutent la paix chez moi !
Le moment.
Ils ne sont pas les seuls à me les briser menu ! Notamment deux pitres qui m’appellent généralement la nuit, à demi bourrés, pour ne rien me dire ! « Hé Corbier tu vas bien ? ». Bien sûr ils ne se présentent pas et ne disent pas qui leur a filé mon numéro de portable…
Ces tristes abrutis ont commencé à me téléphoner voici quelques années alors que ma mère était à l’hôpital et que je m’attendais d’un jour à l’autre à une mauvaise nouvelle. Chaque fois que le téléphone sonnait j’imaginais le pire ! Ils ont continué tandis que les parents de mon épouse étaient à leur tour hospitalisés : « Salut Corbier ça va ? ». C’est chaque fois au moment des vacances. Un weekend prolongé. J’entends derrière eux le bruit du bistrot. Ils ont la voix traînante de ceux qui ont abusé de liquides fermentés. Ils n’ont rien à dire et, bien que je raccroche rapidement, ils rappellent, deux fois, trois fois, avec les petits rires étouffés de ceux qui font une bonne blague et ne parviennent pas à se contrôler tant ils sont fiers et contents de leur farce !
Ah qu’ils sont médiocres. Mon dieu qu’ils sont sots. Foutre qu’ils sont pitoyables et ridicules. Bordel à cul de pompes à merde qu’ils sont laids !
La dernière fois qu’ils se sont manifestés c’était dimanche matin. La nuit du réveillon. À une heure trente les crétins se sont mis en branle ! Tels des diablotins ridicules jaillissant de leurs boîtes avec un ressort au cul, ils se sont précipités sur leur téléphone, et je les imagine se tapant les côtes en disant : « Hé ! On va appeler Corbier pour le faire chier ! »… « Ouais, ouais t’as raison ! On va l’appeler pour le faire chier ! »…
Bingo les gars ! Vous m’avez fait chier ! Nous étions entre amis. Calmes. Nous nous chantions de jolies chansons en caressant les cordes de nos guitares sèches, nous parlions de poésie, de littérature, de philosophie, dans le respect partagé et l’amitié qui nous unissent. Toutes choses qui vous sont étrangères. Je doute que vous ayez ouvert un livre une fois dans votre existence, je présume que votre humour n’excède guère « Comment vas-tu Yo de poêle ? » et que vous vous pâmez d’aise en disant des grossièretés aux femmes qui passent à porté de vos haleines de phoques !
Je vous emmerde jeunes trous-du-cul ! Je vous conchie ! Je vous pète au nez et je vous pisse à la raie. Vous êtes moches et sans une once d’âme. Pire, vous vous targuez de mon amitié pour venir me briser les noix, vous n’êtes que des cons.
Bien sûr, je le sais, et on pourra me le reprocher, mes propos sont excessifs, mais ils le seraient encore plus si je racontais ça sur Facebook et sur MySpace en laissant vos numéros de téléphone, et en demandant à mes amis de vous appeler n’importe quand à n’importe quelle heure du jour et de la nuit juste pour le plaisir de vous dire une connerie !
Fichez-moi la paix, oubliez-moi, lâchez-moi. Continuez à vous amuser entre vous et loin de moi. Vous n’êtes en rien ce que j’apprécie dans le genre humain. Vous n’êtes même pas dignes en tant qu’abrutis notoires de vous chier dessus !
Le faire ce serait dégrader vos excréments !
Vous n’êtes rien !
Hein ? Je suis fâché là ?
Non.
Je regrette seulement de ne pas avoir une kalach’ pour renvoyer ces cons au néant qu’ils n’auraient jamais dû quitter !
Ah !.. Ça fait du bien