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Johnny…
12 mai 2008
Je finis par connaître un peu Lille. On m’y invite régulièrement et le public m’y fait la fête. J’ai l’impression d’être chez moi. Il est vrai que je suis un peu de la région. J’ai grandi dans la Somme, à côté d’Amiens, et ma maman était d’origine Flamande. Toute une partie de ma famille est dans le coin. Entre Bruges et Ailly-sur-Noye. Et entre Somme et Belgique que trouve-t-on ? Le Nord ! Et donc Lille. J’aime me balader dans les rues de la vieille ville. Les couleurs, l’animation, le bruit des bars. Les personnes qu’on y croise sont souriantes. Les boutiques colorées. Tout me plaît. La dernière fois que j’y suis allé, c’était pour un bel endroit que tous les jeunes Lillois connaissent : Le Biplan. Une cave magnifique. La salle était pleine. Un beau concert. Normalement, si j’ai tout bien compris, je devrais y revenir en septembre ou octobre. Je vous tiendrai au courant. Entre temps je serai encore dans le coin en juin et cette fois ce sera pour la Péniche. Il paraît que c’est, là aussi, un très bel endroit. J’en suis ravi ! D’ailleurs en ce moment, je n’ai pas à me plaindre. On m’invite partout et chaque fois dans de bonnes conditions.
Pourvu que ça dure…
La dernière fois qu’on m’a vu à Lille, France Bleu Nord m’avait invité pour une émission. J’en ai profité pour faire sur une antenne nationale une de mes flash préférées :

Si les profs des écoles
Sont pédophiles mon bébé
C’est pour que le monopole
Ne reste pas chez les curés…

J’ai vu l’animatrice pouffer et j’ai cru qu’elle allait s’écrouler sous son bureau !

En quittant le studio, j’ai eu le plaisir d’offrir à un jeune homme garé au milieu de la chaussée un autographe. Comme il s’était un peu éloigné de son véhicule pour m’aborder, et comme j’ai pris un peu de temps pour trouver une photo dans mon sac, je l’ai entendu, de retour à sa bagnole, pester… Un P.V. s’était glissé sous son pare brise.
Il suffit de cinq minutes à Lille pour voir les papillons !

Ensuite je me suis baladé au hasard en suivant mes pieds. Passant près d’un coiffeur, voilà qu’il me vient l’idée de me faire laver les cheveux… J’ai parfois des lubies étranges, je l’admets bien volontiers. J’entre dans la boutique. Elle est minuscule. Deux vieux sièges devant deux pauvres miroirs. Les murs n’ont pas vu un pinceau depuis des lustres. La lumière est falote. L’odeur du shampoing et de la brillantine m’enveloppe sitôt le seuil franchi. Tout serait somme toute normal, si le garçon coiffeur n’était pas Johnny Hallyday… Je vous connais, vous vous dites que j’ai pété un plomb, que Jojo a autre chose à faire que couper les poils en quatre dans une triste officine pour gagner un maigre pain, alors, avant de poursuivre mon histoire, je veux ici ouvrir une parenthèse et préciser au lecteur novice que je ne bois plus depuis des mois, que je ne fume rien, que je n’ai pas pour habitude de sniffer ni de me trimbaler avec une seringue dans la joue. J’en profite pour ajouter que je n’étais pas non plus dans un état de fatigue avancée vu que j’avais passé une excellente nuit chez mes amis Defrance à Loos-en-Gohelle, autant dire sur place. Fermons la parenthèse.
Nonobstant, sur mon honneur et sur la tête de ma défunte mère, je vous fais le serment que c’est bien Johnny qui m’a ouvert la porte et qui m’a accueilli ! Mêmes cheveux décolorés, même face prognathe, mêmes attitudes du buste et des bras. Pire : même façon lente de s’exprimer d’une voix brûlée par la vie, l’alcool et le tabac. Mêmes yeux d’un bleu délavé. Pas de doute, c’est Johnny ! Il n’y a personne d’autre dans la boutique et sur une table basse, les mêmes magazines people que chez tous les coiffeurs. Rien d’étrange. J’ai l’habitude des caméras et je sais qu’on peut en dissimuler partout, alors je jette un coup d’œil rapide et circulaire et force m’est de constater qu’il n’y a là rien d’anormal.
Enfin, tout est presque normal.
Quand je m’installe dans le fauteuil en vieux simili-cuir, je bascule la tête en arrière et je découvre au dessus du miroir, une photo : Johnny à côté d’un autre Johnny. Je reconnais bien le mien. Le vrai. L’autre n’est qu’une copie. Une imitation. Un facsimilé. Un ersatz. Alors je ferme les yeux et je me laisse faire : Johnny va s’occuper de mes poils !...
Je ne vous le cacherai pas, il le fait très bien. L’eau est chaude, ses mains douces. Je me souviens qu’il m’a demandé en me séchant à la serviette comment j’occupais mon existence. J’ai dit que je chantais. Il m’a demandé, en glissant le peigne sur mon crâne dégarni, si j’arrivais à en vivre. Je lui ai dit oui. Je l’ai senti étonné et un peu abattu. Ses épaules ont flêché ! Manifestement il doit chanter lui aussi, mais n’en vit pas. L’officine de cosmétiques doit lui sauver la mise en fin de mois. Quand je l’ai quitté nous nous sommes serré la main. Un vigoureux shake-hand très country. En fait je crois que nous nous sommes reconnus. Nous sommes du même atelier. De la même fratrie. Pays en quelque sorte.
Il m’a demandé huit euros.
Pour un shampoing, huit euros, j’ai trouvé que c’était un peu cher.
D’un autre côté, c’était Johnny !
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