J


Jacky
Jean-Pierre
Johnny
Joie
Julian (Charlotte)




Jacky

  

Mon premier souvenir concernant Jacky remonte à 1982. Récré A2. Le réalisateur lui avait demandé de faire le pitre autour de moi tandis que je chantais une chanson en m’accompagnant à la guitare électrique. Il l’a fait, et, bien sûr, il a marché sur mon câble. J’ai terminé ma chanson à la guitare sèche sans micro. Jacky est très pataud, comme un petit enfant. Il est naturellement maladroit et ça ajoute à son charme. C’est, je crois, ce qui plaît au public. Jacky sait être très gentil et très à l’écoute des gens qu’il aime. Il sait aussi être très saignant, très drôle, ou très insolite. Un après-midi, devant une magnifique maison créole à Key-West où Pat Le Guen avait planté sa caméra, un bonhomme passe devant notre équipe et s’arrête face à Jacky (pourquoi Jacky ? Patrick et moi étions déguisés comme lui en héros ! Short kaki, chaussettes blanches, cravate et béret rouges). Le bonhomme lui demande, en américain, bien sûr, où se situe la rue Machin, et Jacky, sans se départir de son sang-froid, lui répond (dans la même langue) : " Désolé, je suis juif !" Et le type, pas plus surpris que ça, lui répond :" Pardonnez-moi, je ne savais pas."

Avec Jacky, je me suis payé quelques bonnes tranches de rigolade. Un jour, en Guadeloupe, il est resté coincé sur la branche d’un arbre à quatre-vingt-dix centimètres du sol, incapable de bouger. Une sorte de vertige l’avait saisi et il ne pouvait plus ni monter, ni descendre, et encore moins sauter. Je le vois encore. Il était là, à quatre pattes sur sa branche, dans son costume de héros. Toute l’équipe l’entourait. Nous pleurions de rire et lui aussi, car le plus incroyable, c’est qu’il était tout à fait conscient du ridicule de la situation, mais parfaitement incapable de la surmonter. Et ça a duré deux heures. J’exagère à peine.

Si un jour vous voulez l’emmerder, proposez-lui une balade en bateau. Il déteste ça. Chaque été, c’était la même chose. Jean-Luc Azoulay inscrivait dans nos aventures un coup de bateau, et tous les ans, Jacky répétait la même chose : "M’en fous, j’irai pas ! Vous tournerez vos conneries sans moi ! Venez pas dire que j’vous ai pas prévenus ! J’irai pas, j’irai pas, c’est tout, j’irai pas ! Chaque fois c’est la même chose ! Faut toujours faire ce que tu veux, Jean-Luc. Ben, cette fois, faut que tu en prennes ton parti, c’est fini ! Et je le répèterai pas ! Démerdez-vous comme vous voulez, engagez quelqu’un d’autre, mais j’irai pas sur ce bateau, etc, etc…" Le jour du tournage, Jacky reprenait : "Je vais avec vous pour tourner les scènes qui précèdent celles qui sont prévues sur le bateau, mais vous le savez, je vous l’ai dit suffisamment tôt, j’irai pas là-dessus, j’irai pas ! … Il s’ensuivait des heures de palabres entre lui et Azoulay. Je n’ai jamais su ce que Jean-Luc lui promettait, mais ça s’est toujours terminé de la même façon : Jacky montait sur le bateau, et on tournait. Sacré Jacky, c’est toi le plus fort, t’es un véritable héros, et je tiens à ta disposition mon short kaki, mes chaussettes blanches, ma cravate et mon béret





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