Le concert s’est bien passé. Avec Éric, en fait, nos guitares se marient bien. Il a du talent et il sait me deviner. Nous sommes une bonne équipe et je n’ai chaque fois qu’à me féliciter de jouer en sa compagnie. Il m’apporte beaucoup et je lui suis énormément redevable. Le public, comme les fois précédentes, comme partout ailleurs, a chanté avec moi, mais ici, lorsque les voix s’élèvent dans l’amphi, c’est le frisson assuré ! Chaque fois. Hier une journaliste de Canal+ est venue me filmer. Et si avec le public ça s’est très bien passé, en revanche ce fut moyen avec elle !
Retour en arrière.
Il est midi et demie lorsque mon portable fait coin-coin, signe convenu entre lui et moi qu’une personne veut me parler. Je décroche. C’est la rédaction du Grand Journal de Canal+. Ils me demandent si je suis O.K. pour une captation de mon programme avec interview dans le cadre de ma prestation à l’amphi Richelieu dans les locaux de la Sorbonne. Je les assure de ma collaboration. Nous raccrochons et je file déjeuner.
Ils arrivent, filment l’entrée des spectateurs, puis me rejoignent dans la pièce que le service culturel de la vénérable maison met à la disposition des intervenants. Trois questions. La première sur l’origine de mon pseudonyme. Je raconte l’histoire. En 1967 suite à une discussion de bistrot avec mon producteur de l’époque, Alain Barrière, qui m’invitait à faire attention à la qualité de mes blagues ou de craindre de me retrouver embastillé ou pendu, j’avais opté pour un raccourci du véritable patronyme de François Villon - François de Montcorbier – poète du 15ème siècle auteur de la Ballade des Pendus.
La seconde concernait ma présence dans les locaux de l’Éducation Nationale et j’avais répondu que si j’étais là c’était à l’initiative de Matthias Vincenot, responsable de ces soirées, qui avait jugé pour la cinq ou sixième année consécutive que mon travail d’auteur pouvait une fois encore entrer dans le cadre de ce que la Sorbonne peut offrir à ses auditeurs.
La troisième question concernait ma « musique ». Je m’étais alors lancé dans une explication sur la différence entre musique et chanson. C’est d’ailleurs une question qui revient régulièrement. La chanson, si elle participe de la musique n’en est pas vraiment. La musique se passe des mots. Pas la chanson. Aurait-on idée de dire « littérature » à propos de nos chansonnettes ? Non. Car il est évident que ce n’en est pas. La poésie se passe des notes… Pas nos textes de chansons Nous ne faisons donc pas plus de la littérature que de la musique, mais un art un peu bâtard qui emprunte aux deux disciplines et ça n’a rien de honteux !
L’interview se déroule pour le mieux mais voilà qu’ils m’orientent sur le retour de Dorothée à l’Olympia. La question me surprend. Qu’est-ce que le retour sur scène de ma camarade vient faire ici ? Je leur dis que je n’ai pas d’avis sur la question, que ça ne me regarde pas, que si Dorothée remonte sur scène, j’en suis ravi pour elle, et que je lui souhaite le meilleur, mais je ne me sens pas concerné et je n’ai rien à dire là-dessus. Ils insistent ! Je commence à me mettre en renaud ! Je leur dis que je n’ai pas envie de parler de ça, qu’on est à la Sorbonne et que je ne suis pas l’attaché de presse de Dorothée. Ils me disent qu’il s’agit pourtant de l’enfance de plein de monde et que c’est important... Et la jouraliste d’ajouter : "Est-ce que vous vous foutez de l’enfance de toutes ces personnes ?"
Là, mon sang n’a fait qu’un tour ! Je leur ai dit qu’ils agissaient comme des trous-du-cul et que leur manière de faire était dégueulasse. Voilà 13 ans que je me bats pour faire admettre à la presse, aux radios, aux télés, que si je ne regrette rien de ce que j’ai fait à la télé, ma vie a néanmoins basculé et je propose à leur sagacité un univers diamétralement opposé à celui dans lequel j’ai baigné pendant quinze ans. Depuis que j’ai quitté la télé, jamais Canal ne m’a appelé pour parler de mon boulot, alors prétexter une interview à la Sorbonne pour me faire parler de Dorothée et de son spectacle dont j’ignore tout, c’est vraiment très moche et très bas ! Je me suis emporté et je leur ai dit de foutre le camp, que je ne voulais plus les voir, qu’ils ne m’intéressaient pas, que leurs manières étaient lamentables ! Ils ont fichu le camp et moi je suis allé m’asseoir avec le cœur qui sautait dans ma poitrine comme s’il allait exploser. Une demi-heure plus tard ils sont revenus. J’ignore s’ils étaient sincères, mais ils m’ont présenté leurs excuses. Alors nous avons repris la conversation sans, cette fois, parler de la programmation de l’Olympia de Dorothée... J’ignore ce qu’ils feront des images « colériques… ». Je m’attends au pire. Je verrai bien.
Ensuite ils ont fait une captation du concert. Je doute qu’il en reste grand-chose et même qu’il y ait diffusion mais enfin, ils ont pu faire leur boulot et j’ai fini par me calmer...
J’étais hors de moi au moment du clash. Et, lorsque je suis monté sur scène, plus d’une heure après, j’avais encore des battements de cœur... Quand j’ai chanté La Louve, je me suis un peu trompé. Sans doute à cause de ça... Je ne sais pas.
Ils sont venus me dire au revoir après avoir encore fait de l’image avec les spectateurs, après le concert cette fois... Je suis ensuite allé boire un verre avec les jeunes qui avaient animé le début de la soirée. J’étais encore, plus de deux heures plus tard, mal dans ma tête ! Fichu épisode. Des amis venus assister au spectacle et qui m’avaient suivi au bistrot, pour me changer les idées, m’ont raconté la naissance de leur dernier moutard ! « J’ai accouché toute seule sur le plancher du salon ! Les pompiers sont arrivés après ! » J’ai tenté de lui faire avouer qu’elle avait sectionné le cordon ombilical avec les dents et dévoré le placenta, mais je n’avais pas le cœur.
Ensuite je suis allé dans un Quick et j’ai mangé.
C’était mauvais !