J’arrive à l’hôtel. Je prends ma clé. Je monte à la chambre. Je retire mon duffle-coat. Le téléphone de la chambre sonne. Ben c’est quoi cette histoire ? Personne ne sait que je suis là ! La route a été longuette et un peu pénible. Surtout la dernière heure. Vent et pluie. Je n’ai pas très envie de tailler le bout de gras... La demoiselle de l’accueil me dit : "Il y a Monsieur Béber qui voudrait vous parler"... Allons bon ! Monsieur Béber ? Qui c’est celui là ? Si ça se trouve c’est le gars de la radio. Je dois faire France Bleue demain et je n’ai pas regardé le nom de l’animateur qui me recevra... Je confirme à la demoiselle que j’arrive. Je prends l’ascenseur. J’arrive !
Monsieur Béber est accoudé au comptoir de l’accueil.
Ah nom d’un chien ! Monsieur Béber... c’est un bond en arrière d’un fichu paquet d’années qui m’arrivent en pleine tronche. Il n’a quasi pas changé. Un peu plus corpulent, mais c’est normal, tous les sportifs prennent du lard en accumulant des ans, mais je le reconnais bien ! Prof de voile ou de plongée, je ne sais plus bien au Club Med à Corba en Tunisie ! Ça ramène je te dis que ça ! On s’en écrase cinq et je lui demande ce qu’il devient. Moi il le sait, sa gamine a grandi avec moi dans le poste et il sait que je suis ici pour un concert, il l’a lu dans le quotidien local. Il me répond que je suis chez lui ! Comment ça chez toi que je fais finement... C’est toi qui organises le concert de demain sur le campus de l’université ? Non, non qu’il dit. Tu es chez moi ici ! Cet hôtel c’est chez moi et je te reçois chez moi dans mon hôtel ! Alors là il vient de me trouer le fion Monsieur Béber ! Je suis fatigué, mais pas assez pour ne pas en apprendre plus sur mon ancien collègue. Je lui demande si c’est un héritage et il me dit :" Non pas du tout. Figure-toi que j’ai été patron de la station Les Arcs où tu es d’ailleurs venu avec tes camarades de télévision. J’ai fait ça pendant plusieurs années et puis un jour la municipalité a décidé de se passer de mes services. Je suis parti avec un capital que j’ai investi dans cet hôtel et comme j’avais pas mal de relations chez les sportifs, les artistes, les animateurs de télé - Foucault est un ami de longue date - lorsque je me suis installé ici le bouche à oreille à fonctionné à donf et de fil en aiguille, de séminaires en stars, je suis devenu ton hôte !"
J’ai passé trois nuits dans son hôtel et j’y serai bien resté trois semaines. Quel panard ! Je ne suis pourtant pas un fan de ces grands trucs modernes, mais là je n’ai pas trouvé grand chose qui cloche ! Repas de grande qualité, grand lit, pas de bruit ! Il y avait même une douche... Bref quand on peut dormir, se laver et qu’en plus le chef vous mitonne de quoi ne pas aller dans les rues le ventre vide, je ne vois pas trop ce que j’aurais pu demander de plus !
J’arrive au campus pour la balance, il y a là un type qui vient me voir et qui me dit. " Salut Corbier, tu ne te souviens sans doute pas de moi, mais j’étais GO au Club Med à l’époque où tu y étais aussi "... Là je me dis, il doit y avoir un nid dans le coin. le type est sympathique comme tout. Grand sourire. Mais en effet, je ne le connais pas. En tout cas, je ne me souviens pas de lui et si nous avons bossé ensemble, je ne sais plus où c’était. Peu importe. Il me dit : "Je viendrai ce soir au concert. J’ai gagné les places en téléphonant à France Bleu, et ça me fait vachement plaisir de venir t’écouter. Je t’ai apporté une bouteille de vin de noix. Fais gaffe, c’est super bon, c’est ma femme qui l’a préparé, et ça n’a l’air de rien, ça se boit comme du petit lait, mais c’est violent. J’en ai donné une bouteille à Sardou avant qu’il monte sur scène... il se l’est vidée avec son agent... Je te dis pas dans quel état il était sur le plateau..." Je le remercie et je file à la balance. Une équipe de télé m’attend. Un journaliste papier itou. Je fais le taf et je réponds aux questions.
La balance achevée c’est l’heure de dîner. On fait ça dans la loge qui est vaste et pratique. Je fais connaissance avec les deux jeunes filles qui vont passer avant moi. "Les 2 Moizelles de la chorale municipales de St Genet de la Chipote"... Rien que leur nom de scène, je suis déjà plié en trois. À l’heure du spectacle, la salle aussi est pliée et c’est justice. Elles sont proprement et incroyablement drôles. L’une est debout et l’autre joue du synthé et elles racontent des âneries d’un goût parfaitement douteux, mais avec calme et élégance ! Superbe. J’aurais préféré qu’elles utilisent un harmonium plutôt qu’un synthé, mais là on est dans le détail.
À table il y a aussi un groupe venu du Nord : Les Blaireaux. Eux non plus ne sont pas des tristes. On se raconte des sottises, calembours et vannes en tout genre, nul n’est épargné. La loi du genre est respectée. Ce sont en plus d’excellents musiciens qui connaissent leur métier et le font avec le punch et l’œil. Un fier moment de rire, mais aussi d’émotion. Je ne me suis pas ennuyé avec eux ni à table ni en scène.
Le public est venu en nombre. Peut-être trois cents personnes... Peut-être plus et le plus étonnant c’est que des bancs ont été installés devant la scène et qu’ils sont pleins. J’ai donc devant moi un public assis et un public debout derrière les bancs ! Le plus formidable c’est que tout le monde écoute, chante et bat des mains en mesure quand il y a lieu de le faire.
J’ai fait une grosse heure avec rappel et je n’ai pas vu passer le temps.
Franchement, j’ai adoré ces trois jours à Grenoble. Radio, télé, presse écrite, tout le monde a joué le jeu et je me suis véritablement éclaté sur cette scène. Son génial. Excellents éclairages !
_Pieds bleus !
Un seul regret, j’ai d’autres amis dans la région et je ne les ai pas vus cette fois-ci. Nous avions pourtant passé quelques saisons ensemble au Club Méditerranée... À Céfalu. Hubert. Prof de judo. S’il me lit je l’embrasse.
Grenoble succursale du Club...
Quel panard !