Doune
Doune adore les chaussures.
Doune c’est ma femme. Elle en a des noires à talons plats, des grises à talons hauts, des rouges à lacets, des bleues décolletées qui laissent apparaître les doigts des pieds, des vertes en cuir, des jaunes en skaï, des blanches à talons compensés en plastique mou, des roses pour le jogging, des tricolores pour la cuisine et des caca d’oie pour sortir le chien… Doune est petite ; elle a des petits pieds et c’est heureux car si elle était grande, elle aurait des grands pieds, et ses chaussures prendraient beaucoup plus de place encore ! … Doune peut passer des journées entières chez le marchand de chaussures. Elle ne le fait pas parce qu’elle est raisonnable, mais je suis certain qu’elle en rêve…
Doune peint. Sur de la soie. C’est comme des estampes, avec de jolies Japonaises qui ne sourient jamais et de vilains messieurs dont on sent bien qu’ils n’ont pas que de belles intentions envers les jolies Japonaises qui se pavanent sous leurs ombrelles…
Quelquefois, les jolies Japonaises sont assises sur un âne, et le monsieur qui est à côté est bâti de telle façon qu’on sent bien que l’animal en est tout gêné… D’autres fois, la jolie Japonaise est assise sur une balançoire avec les jambes écartées et le vilain monsieur l’attend ! Debout ! Avec un grand truc tout rouge tendu devant lui…
Les jolies Japonaises ont toujours de ravissants petits pieds. Comme ceux de Doune. Un jour, j’en suis certain, Doune peindra une jolie Japonaise assise sur un gros tas de chaussures fatiguées. Il n’y aura aucun vilain Monsieur et pour une fois la jolie Japonaise sera tout sourire !
Je t’aime ma Doune.
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