Ça date d’un bon moment, mais je ne doute pas que les amis qui font des études de droit sauront me dire ce qu’il en est. Nonobstant, je me souviens avoir lu que certains mots, tels : "crétin, pédé, con" et quelques autres du même tonneau, n’étaient plus retenus par les tribunaux comme insultes. C’est donc avec une certaine surprise que j’ai appris que notre ami, le nain à ressort, avait décidé de porter plainte contre les personnes qui auraient la douteuse idée de crier sur son passage : "Casse-toi pauvre con !"
Si con n’est plus une insulte, pauvre ne l’ayant jamais été, il reste casse.
Or, il ne viendrait à l’idée de personne de traiter son voisin de casse ! On peut à la rigueur être un casse-noix, un casse-noisette, un casse-couilles, un casse-bonbons, un casse-pipe, mais un casse tout seul, ne saurait en aucun cas constituer une insulte. À moins que...
Voyons... Casse... Ce ne peut être une insulte si on emploie ce mot pour désigner une brisure. Exemple : "Je me casse la jambe". Nul gros mot là-dedans. Idem dans : " Il me casse les burnes". J’admets que "burnes" n’est pas ce qui se fait de plus élégant, mais ça ne peut en aucune manière constituer une insulte.
"Casse-toi" ? Bon oui, d’accord ! J’admets qu’il n’est guère aimable de se faire envoyer balader de cette manière, mais enfin ça n’a pas la force d’un "Décanille, viande à pneus, tu pues !", ou d’un "Va niquer ta mère en slip à Notre Dame" ! Alors ? Alors je me suis dit que seule une personne qui se sent morveuse peut trouver dans "casse" un relent de moquerie vindicative. Mais qui ? Qui, me direz-vous ? Ben le voleur. Celui qui fait des "casses" ! Mais de là à considérer que celui qui donne notre fric aux banquiers pour qu’ils le redistribuent à leurs actionnaires aurait fait une sorte de casse et qu’il ne supporterait plus qu’on lui retournât le mot, il n’y a qu’un pas que je me refuse à faire !
Alors ?
Alors, si ce n’est ni con, ni pauvre, ni casse, l’insulte ne peut être que dans ce qui reste. Et que reste-t-il ? L’insignifiant petit vocable de trois lettres : "Toi" ! Mais oui ! Toi ! Et je comprends et je partage le désappointement de notre nain ! Mettez-vous à sa place, que diable ! Imaginez-vous en charge des plus hautes fonctions de l’État. Allez-y ! Imaginez ! Bon ça y est ? Vous y êtes ? Bien ! Attention, voilà que passe un gusse dont vous ignorez tout. Et que dit-il ce clampin ? Rien ! Ou presque ! Mais il s’élance et... Voilà qu’il vous tutoie ! Ah l’enflure ! Enfer et damnation ! Foutrebleu ! Quelle abomination ! Quelle horreur ! Quelle monstruosité ! Il tutoie le président, ce demi-zob ! Faut-il avoir grandi dans la fange et s’y complaire pour tomber aussi bas ! Je propose qu’on lui arrache les couilles et qu’on le pende à l’entrée de la rue de Rivoli jusqu’à ce qu’il n’en reste que les miettes refusées par les corbeaux !
Désormais galapiats, je vous prierais de dire lorsque vous croiserez l’élu de la nation : "Cassez-vous, pauvre con". Il ne pourra alors qu’admirer la richesse de votre vocabulaire et vous décerner la Légion d’honneur.
Admettez que ça a autrement de la gueule !
Cassez-vous, pauvre con !
Marcel, un demi !