J’avais prévu le voyage depuis des mois.
En fait ce n’était pas moi qui l’avait prévu mais mon fils.
Aller faire un tour en Catalogne ! Barcelone, Gaudi et tout le tremblement ! Bon la veille du départ je mets la radio et j’apprends qu’il se pourrait que les avions restent cloués au sol à cause d’un vieux volcan islandais qui fume comme un sapeur et empêche les avions de voler. Par chance le lendemain, les aéroports fonctionnent normalement et je me retrouve sur les coups de treize heures à l’hôtel Catalan où j’étais attendu. Je passe mon après-midi à arpenter les trottoirs de la vieille ville, et le soir, je me retrouve à manger des nouilles dans un restaurant italien ! Ce qui, vu l’endroit où je me trouve, est on ne peut plus ordinaire, on en conviendra..
Ma voisine de table une jeune femme, me salue et je lui demande si elle est du coin, simple échange de civilités, elle m’apprend avec un large sourire qu’elle est suisse, de Lausanne et que si elle est ici ce soir c’est que l’avion censé la rapatrier chez Guillaume Tell n’a pas décollé, comme d’ailleurs tout ce qui porte des ailes et un réacteur et qui devait se rendre en Suisse, en France, en Belgique, parce que depuis 16 heures les aéroports de ces pays sont fermés à cause du fichu volcan islandais qu’on croyait calmé !...
Bon. Je suis là pour encore trois jours. Il serait bien surprenant que le volcan persiste dans ses velléités de me pourrir les vacances ! J’ai décidé de me balader dans cette ville superbe et rien ne m’en empêchera !
J’ai fait en sorte de cerner Gaudi, de le traquer, de lui extirper tout ce qu’en si peu de temps il m’était possible de faire. Bien sûr je n’ai pas manqué d’aller me perdre autour de Sagrada Familia, la cathédrale hors norme, gigantesque, tentaculaire, pour laquelle il faudrait passer deux mois au moins pour tout voir, tout admirer, tout évaluer, et tout comprendre. En construction depuis 1886, les travaux sont censés s’achever dans une vingtaine d’années, trente peut être ! J’ignore si ailleurs dans le monde d’autres cathédrales sont en construction, je ne suis pas un spécialiste de ce genre de chose, mais le peu que j’en ai vu m’a convaincu d’être devant la démesure, le délire, la folie (génie ?) à l’état brut et parfaitement assumée. Je ne sais pas si le travail de Gaudi est rattaché à ce qu’on a appelé chez nous « l’Art nouille », mais j’ai eu l’impression d’en voir ici la quintessence !
La ville appartient à Gaudi. Son empreinte est partout ! Des façades d’immeubles, des peintures, des mosaïques, des meubles. Gaudi est partout. D’immeuble en parc, d’église en crypte, de colonnades en pavillon, son empreinte, reconnaissable entre toutes façonne la ville à la mesure de sa démesure.
Il faudra que je retourne à Barcelone pour me balader dans le parc Güell, ou pour revoir la Casa Mila et la Casa Batello. Pour voir, revoir et revoir encore son travail d’architecte, de peintre, de décorateur, ses inventions, ses trouvailles, sa démesure !
Il faut que je retourne à Barcelone pour ses musées, Picasso, Miro, pour déjeuner au soleil, écouter les guitares chanter dans les rues, pour la mer, pour les personnes déguisées sur la Rambla, pour le parc de Montjuïc et sa citadelle, pour le sourire des passants, la propreté des rues, l’absence de pub dans le métro, pour les fruits du marché de la Rambla et pour le quartier gothique.
Pour le plaisir d’être ailleurs et de m’y sentir bien et de marcher en levant sans arrêt la tête pour ne rien louper, en sachant pourtant qu’on en loupera quand même pas mal !
Quand nous avons quitté la ville, il pleuvait. Le volcan islandais avait mis les pouces. L’avion a décollé normalement. Sans heurts. Tout en douceur. Deux heures plus tard je roulais sur l’autoroute de Normandie ! Un radar passait par là : j’ai perdu un point !