Armée
J’ai toujours conservé au tréfonds de moi un amour incommensurable pour la caserne où j’ai fait mon service militaire : Laval ! Laval. Joli port de pêche où, pendant l’été, qui dans la région va du 16 juillet au 3 août (les bonnes années, parce que les autres… vaudrait mieux oublier), Laval est tout à fait typique de l’architecture mongolo-lourdasse de la région. Patrie d’Ambroise Paré, du Douanier Rousseau et d’Alfred Jarry, que dès qu’ils eurent atteint l’âge où la cervelle commence à permettre de dire autre chose que gnagna gribou baluf en ingérant du petit suisse à la gelée de foie de volaille préparé par maman Bilou dans la Vogica en plastique noble, ils s’empressèrent de quitter, Laval a ceci de supérieur aux autre villes-casernes de notre beau pays, c’est qu’elle pue ! Mais attention : pas tout le temps ! Ce serait trop facile ! Laval pue uniquement - ou devrais-je dire Laval n’a pué que - pendant les quatre mois durant lesquels j’y vins faire mes classes. Ah ! Comme c’était le bon temps ! J’étais jeune et moche, les filles me fuyaient, l’uniforme me conférait auprès des passants locaux le statut de crétin, j’étais mal rasé, mal peigné, j’avais froid… la pluie encore et encore la pluie…, et j’étais trop fauché pour me payer un paquet de clopes, aller au cinéma, ou tout simplement me rendre au bistrot avec les copains pour dévorer une frite et boire un café.
Bref, Laval puait et je puais aussi et tous les bidasses puaient et les tristes passants puaient. Les églises puaient, les châteaux - le neuf et l’ancien - puaient, le donjon puait comme cette longue descente qui va de la caserne à la gare, cette route incroyablement désertée de tout ses Lavallois et toutes ses Lavalloises les pauvres soirs où la meute de biffins quittaient par le train la ville avec l’espoir pas toujours récompensé de retrouver une fiancée qui acceptait, dans le meilleur des cas, de se faire rouler une pelle "mais faut pas mon chéri, quand tu seras sorti… et que tu auras trouvé du travail…" Pauvre conne ! Tout cela puait. Ma seule distraction c’était d’aller faire un tour au cimetière sur la tombe d’Alfred Jarry. On se parlait… Enfin moi surtout !
Aujourd’hui la ville n’exhale plus rien ! Pour un peu elle sentirait bon ! La disparition prochaine de la caserne sans doute ! J’y suis repassé voici quelques temps. La cité possède même un certain charme. Le grand pont près du théâtre offre une jolie perspective. Les gens y sont souriants ! Les commerçants affables, les rues propres, la mairie coquette… Il y avait un rayon de soleil ! C’était en février ça doit faire au moins cinq ans. Je me suis payé le culot d’aller voir le planton qui monte la garde dans la guérite devant la caserne. Je lui ai demandé : " Veuillez m’excuser militaire, mais il me semble que ça ne sent plus mauvais par ici ? " " C’est tout à fait exact Monsieur. Nos services de voirie sont enfin parvenus à déboucher les chiottes ! "
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