Aime-moi
Je suis né à Paris, mon prénom c’est François
Je joue de la guitare et si j’ai le poil blanc
C’est qu’il en est passé des semaines et des mois
Depuis que j’ai quitté le ventre de maman
Aime-moi
Mon père s’était enfui, habillé de guenilles,
De la terre nazie, un lamentable été.
Et lorsque je suis né, 3 rue de la Bastille
J’ai découvert le monde mais mon père l’a quitté.
Aime-moi
C’est entre deux ménages et trois coups de grelots
Que grand-père et mamée concierges parisiens
M’ont enseigné les maths l’histoire et la philo
Et appris à danser la bouteille à la main
Aime-moi
Grand-père était un rouge, il allait poing en l’air
De meeting en meeting l’invective au museau
Et ma rousse mamée, le nez dans les soupières,
Rêvait de crinolines, calèches et blancs chevaux
Aime-moi
Mes journées sans école, c’était tous les jeudis,
Dressé dans mes galoches et sous mon béret bleu
J’allais avec mamée faire les épiceries
Pour trouver la moins chère on courait les banlieues
Aime-moi
En règle générale l’épicier était brun
Il avait une réserve au fond du magasin
Et mamée en sortait le corsage détruit
Minaudant : " l’épicier a de superbes fruits "
Aime-moi
Je n’avais qu’une idole mon grand-père ma star
Qui d’un coude levait six verres de vin à l’heure
Il m’apprenait à rire en rêvant du grand soir
Sans armée sans curé sans patron sans douleur
Aime-moi
Un matin, il m’a dit je te lègue mon verre
J’ai trois trucs à chanter chez le barbu d’en haut
Je l’ai vu s’en aller la casquette à l’envers
Moulinant de la canne. On aurait dit Charlot
Aime-moi
Il n’est pas revenu alors j’ai pris sa place
Devant son verre de blanc à l’entrée du bistrot
J’ai adopté ses rêves, je refais ses grimaces
Demain pour le meeting j’aurai ses calicots
Aime-moi
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