Hier, 13 juillet, j’étais à Vendôme. J’ai chanté dans la cour du cloître. Un lieu de toute beauté. Le concert s’est parfaitement déroulé, public nombreux, température idéale, éclairages superbes, son de très haute qualité, rappels, standing ovation, mais il a bien failli ne pas se faire…
Attends, je te raconte.
On était à table avec l’équipe technique et les organisateurs. À vingt heures précises, voilà que les cloches de l’église du cloître se mettent à sonner. Un peu tard pour que ce soit pour les mâtines, un peu tôt pour célébrer les fêtes du 14 Juillet, et parfaitement à côté de la plaque pour commémorer la disparition de Louis XVI qui, comme chacun le sait, fut trop tôt ôté à l’affection de sa famille un 21 janvier. On se dit avec les organisateurs que sans doute il doit y avoir une cérémonie dont on aura oublié de nous prévenir et que ça ne saurait s’éterniser. Ben oui, mais justement : ça s’éternise !
Ça sonne à tout va ! Tout ce que le clocher compte de bronze donne de la voix, et je peux vous garantir qu’à cet instant, ici, les cloches sont légion !
Et que je te bing et que je te bang et que je te drelin-drelin ! Pour un peu on se serait cru le jour de Pâques lorsque rentrent joyeuses de Rome, où elles sont allées se faire bénir par le Très Saint Père, les cloches, clochettes, sonnettes, clarines, bélières et sonnailles ! Je n’oublie pas les bourdons !
Ça donne et ça sonne et ça n’en finit plus.
On en vient à se demander si on ne va pas devoir de toute urgence déménager la scène et se réfugier dans une salle fermée située à trois kilomètres de là ! Mais comme on est à moins d’une heure du concert, il est trop tard pour envisager sérieusement cette solution, et nous en venons sans oser se le dire à penser à annuler purement et simplement le concert !
On est mal.
Vingt minutes, montre en main, a duré le concert des cloches. Vingt minutes c’est très long ! Lorsqu’elles ont cessé leur raffut, le public est arrivé dans le jardin du cloître et étrangement, le silence retrouvé était presque gênant !
J’ai chanté quatre-vingt-dix minutes en compagnie de mon camarade Éric Gombart. Sans mentir et sans exagérer, le public nous a fait un triomphe et lorsque nous avons quitté le jardin du cloître, avec un pointe d’orgueil nous nous sommes dit que nous étions sans doute meilleurs que les cloches qui n’avaient été ni applaudies ni standing ovationnées….